{"id":501,"date":"2012-11-29T21:18:32","date_gmt":"2012-11-29T21:18:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/?page_id=501"},"modified":"2012-12-29T21:19:58","modified_gmt":"2012-12-29T21:19:58","slug":"serge-latouche-la-double-imposture-de-la-rilance","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/?page_id=501","title":{"rendered":"Serge Latouche : La double imposture de la \u00ab rilance \u00bb"},"content":{"rendered":"<p><strong><a href=\"http:\/\/fanny-pageaud.fr\/WordPress\/wp-content\/uploads\/2010\/07\/larilance.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" style=\"margin: 8px;\" alt=\"\" src=\"http:\/\/fanny-pageaud.fr\/WordPress\/wp-content\/uploads\/2010\/07\/larilance.jpg\" width=\"160\" height=\"152\" \/><\/a>Par Serge Latouche, Professeur \u00e9m\u00e9rite d\u2019\u00e9conomie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Orsay, objecteur de croissance.<\/strong><br \/>\nAvec son aimable autorisation<\/p>\n<p><strong>Introduction :<\/strong> Qu\u2019est-ce que la \u00ab rilance \u00bb ? C\u2019est au fond ce qui a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 au sommet (G8\/G20) de Toronto, un programme affichant simultan\u00e9ment et la relance et l\u2019aust\u00e9rit\u00e9. Le premier ministre allemand, Angela Merkel, plaidait pour une politique vigoureuse de rigueur et d\u2019aust\u00e9rit\u00e9. Le pr\u00e9sident am\u00e9ricain, Barak Obama, craignant de casser la timide reprise de l\u2019\u00e9conomie mondiale et \u00e9tatsunienne par une politique d\u00e9flationniste, plaidait pour la relance raisonnable. L\u2019accord final s\u2019est fait sur une synth\u00e8se bancale : la reprise contr\u00f4l\u00e9e dans la rigueur et l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 temp\u00e9r\u00e9e par la relance. Notre ministre de l\u2019Economie, qui n\u2019\u00e9tait pas encore pr\u00e9sidente du FMI, Christine Lagarde, a alors risqu\u00e9 le n\u00e9ologisme \u00ab rilance \u00bb (contraction de rigueur et relance) ! Ce faisant, elle emboitait le pas au conseiller du pr\u00e9sident Sarkozy, Alain Minc, qui, interrog\u00e9 sur ce qu\u2019il fallait faire dans la situation critique engendr\u00e9e par la d\u00e9stabilisation des Etats par les march\u00e9s financiers que ces m\u00eames Etats venaient de sauver de la d\u00e9confiture, a eu cette formule admirable : Il faut appuyer \u00e0 la fois sur le frein et sur l\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur.<\/p>\n<p>Toutefois, d\u00e9noncer la double imposture de ce programme constitue un triple d\u00e9fi pour moi :<!--more--><\/p>\n<p>D\u2019abord parler en ce lieu, l\u2019enceinte du parlement europ\u00e9en \u00e0 Bruxelles \u2013 temple de la religion de la croissance \u2013 \u00e0 partir d\u2019une position iconoclaste, la d\u00e9croissance, d\u2019un sujet dont, de plus, je ne suis pas sp\u00e9cialiste, la Gr\u00e8ce et la crise de la dette souveraine.<\/p>\n<p>Ensuite, parler en ce lieu \u2013 temple de la politique \u2013 \u00e0 partir d\u2019une position de \u00ab savant \u00bb, donc pour reprendre la distinction et l\u2019analyse de Weber, selon l\u2019\u00e9thique de la conviction et non l\u2019\u00e9thique de la responsabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Enfin, Soutenir un point de vue paradoxal : ni rigueur, ni relance !<\/p>\n<p>Rejeter la rigueur ou l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 est une position sur laquelle je peux au moins trouver des alli\u00e9s (m\u00eame si tr\u00e8s minoritaires) tant chez les \u00e9conomistes, par exemple Fr\u00e9deric Lordon, que chez les politiques, par exemple J-L M\u00e9lanchon dans son programme actuel.<\/p>\n<p>Rejeter la reprise de la croissance productiviste et sortir de la religion de la croissance est une position, admise par certains \u00e9cologistes pour le long terme, mais totalement oubli\u00e9e pour le court terme.<\/p>\n<p>C\u2019est pourtant \u00e0 ce triple d\u00e9fi que je vais tenter de r\u00e9pondre, en reprenant les deux refus celui de la rigueur et celui de la relance.<\/p>\n<p>I \u2013 Ni rigueur : Refuser l\u2019aust\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>La crise grecque s\u2019inscrit dans le contexte plus large d\u2019une crise de l\u2019Euro et d\u2019une crise de l\u2019Europe. Et bien s\u00fbr d\u2019une crise civilisationnelle de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation, c\u2019est-\u00e0-dire une crise qui conjoint une crise financi\u00e8re, une crise \u00e9conomique, une crise sociale, une crise culturelle et une crise \u00e9cologique. Ma conviction profonde est qu\u2019en r\u00e9solvant la crise de l\u2019Europe et de l\u2019Euro, sinon la crise de la civilisation consum\u00e9riste, on r\u00e9soudra la crise grecque, mais qu\u2019en maintenant la Gr\u00e8ce sous perfusion \u00e0 coup de pr\u00eats conditionn\u00e9s par des cures de plus en plus fortes d\u2019aust\u00e9rit\u00e9, on ne sauvera ni la Gr\u00e8ce, ni l\u2019Europe et qu\u2019on aura plong\u00e9 les peuples dans le d\u00e9sespoir.<\/p>\n<p>Rejeter l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 suppose d\u2019abord de lever deux tabous qui sont \u00e0 la base de la construction europ\u00e9enne : l\u2019inflation et le protectionnisme<\/p>\n<p>Le projet de la d\u00e9croissance, c\u2019est-\u00e0-dire celui de construire une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019abondance frugale ou de prosp\u00e9rit\u00e9 sans croissance, implique de r\u00e9habiliter deux ph\u00e9nom\u00e8nes qui ont pu faire l\u2019objet de politiques syst\u00e9matiques par le pass\u00e9 : le protectionnisme et l\u2019inflation. Les politiques tarifaires syst\u00e9matiques de construction et reconstruction de l\u2019appareil productif, de d\u00e9fense des activit\u00e9s nationales et de protection sociale, et celles de financement du d\u00e9ficit budg\u00e9taire par un recours raisonn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9mission de monnaie engendrant cette \u00ab gentle rise of price level \u00bb (inflation mod\u00e9r\u00e9e) pr\u00e9conis\u00e9e par Keynes, ont accompagn\u00e9 l\u2019exceptionnelle croissance des \u00e9conomies occidentales de l\u2019apr\u00e8s guerre, ce que l\u2019on a appel\u00e9 en France les trente glorieuses \u2013 \u00e0 vrai dire la seule p\u00e9riode dans l\u2019histoire moderne o\u00f9 les classes laborieuses ont joui d\u2019un relatif bien-\u00eatre. Ces deux instruments ont \u00e9t\u00e9 proscrits par la contrer\u00e9volution n\u00e9o-lib\u00e9rale et les politiques qui voudraient les pr\u00e9coniser sont aujourd\u2019hui anath\u00e9mis\u00e9es, m\u00eame si tous les gouvernements qui le peuvent y ont recours de fa\u00e7on plus ou moins subreptice et insidieuse.<\/p>\n<p>Comme tous les instruments, le protectionnisme et l\u2019inflation peuvent avoir des effets n\u00e9gatifs et pervers \u2013 et ce sont surtout ceux-l\u00e0 que l\u2019on observe aujourd\u2019hui de leur utilisation honteuse (1) \u2013 mais il est indispensable d\u2019y avoir recours intelligemment pour r\u00e9soudre de fa\u00e7on satisfaisante socialement les crises actuelles. Eviter la catastrophe d\u2019une aust\u00e9rit\u00e9 d\u00e9flationniste, mais aussi le d\u00e9sastre assur\u00e9 d\u2019une reprise productiviste.<\/p>\n<p>Or pour cela, aujourd\u2019hui, il faut probablement sortir de l\u2019Euro, \u00e0 d\u00e9faut de pouvoir le corriger. Il faut se r\u00e9approprier la monnaie qui doit retrouver sa place : servir et non asservir. La monnaie peut \u00eatre un bon serviteur, mais elle est toujours un mauvais maitre.<\/p>\n<p>Notons d\u2019abord que la relance de madame Lagarde n\u2019est pas la relance productiviste de Joseph Stiglitz, c\u2019est la relance de l\u2019\u00e9conomie de casino, celle de la sp\u00e9culation boursi\u00e8re et immobili\u00e8re, pour l\u2019essentiel.<\/p>\n<p>Et, en effet, pour les gouvernements en place, le slogan \u00ab Et la relance, et l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 \u00bb signifie la relance pour le capital et l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 pour les populations. Au nom de la relance, d\u2019ailleurs largement illusoire, de l\u2019investissement et totalement fallacieuse de l\u2019emploi, on baisse ou l\u2019on supprime, les charges sociales, la taxe professionnelle et l\u2019imp\u00f4t sur les b\u00e9n\u00e9fices des entreprises. On renonce \u00e0 toute imposition des superprofits bancaires et financiers, tandis que l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 frappe de plein fouet les salari\u00e9s et les classes moyennes et inf\u00e9rieures avec baisse des r\u00e9mun\u00e9rations, r\u00e9duction des prestations sociales, recul de l\u2019\u00e2ge l\u00e9gal de la retraite (qui signifie concr\u00e8tement la diminution de son montant). Pour compl\u00e9ter le tout et pr\u00e9parer la reprise mythique, on d\u00e9mant\u00e8le toujours plus les services publics et on privatise \u00e0 tout va ce qui ne l\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9, avec suppression massive de postes (enseignement, sant\u00e9, etc.). On assiste \u00e0 une \u00e9trange concurrence masochiste \u00e0 l\u2019aust\u00e9rit\u00e9. Le pays A annonce-t-il une baisse des salaires de 20 %, aussit\u00f4t, le pays B annonce qu\u2019il va faire mieux avec 30 %, tandis que C pour ne pas \u00eatre en reste s\u2019empresse d\u2019ajouter des mesures encore plus rigoureuses. Somm\u00e9es par la publicit\u00e9 omnipr\u00e9sente de continuer \u00e0 consommer toujours plus sans en avoir les moyens et \u00e0 s\u2019endetter sans perspective de pouvoir rembourser, il faudrait en quelque sorte expier la pseudo f\u00eate consum\u00e9riste tout en continuant \u00e0 la nourrir dans la morosit\u00e9.<\/p>\n<p>Cette politique d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 stupide ne peut qu\u2019engendrer un cycle d\u00e9flationniste qui pr\u00e9cipitera la crise que la relance purement sp\u00e9culative n\u2019emp\u00eachera pas ; et les Etats exsangues ne pourront plus cette fois sauver les banques \u00e0 coup de milliers de milliards de dollars.<\/p>\n<p>Cette politique est non seulement immorale, mais elle est aussi absurde. On aura la faillite de l\u2019Euro sinon de l\u2019Europe et la catastrophe sociale.<\/p>\n<p>En attendant cette \u00e9ventualit\u00e9, si les objecteurs de croissance \u00e9taient amen\u00e9es \u00e0 g\u00e9rer les affaires de la Gr\u00e8ce, par exemple, quelle serait leur politique ? La r\u00e9pudiation pure et simple de la dette, c\u2019est-\u00e0-dire la banqueroute de l\u2019Etat serait un rem\u00e8de de cheval qui r\u00e9soudrait le probl\u00e8me en le supprimant. Toutefois, cette solution radicale, qui n\u2019est pas \u00e0 exclure et aurait volontiers la faveur des \u00ab d\u00e9croissants \u00bb, risquerait de plonger le pays dans le chaos. Le probl\u00e8me, en effet, est qu\u2019en pratique, la crise d\u2019endettement des Etats n\u2019est qu\u2019un morceau du probl\u00e8me. La r\u00e9ponse th\u00e9orique \u00e0 la seule question de la dette des Etats qui, m\u00eame pour les plus endett\u00e9s, est de l\u2019ordre du montant du PIB, est autrement plus facile \u00e0 faire que celle concernant la solution de l\u2019inflation mondiale des cr\u00e9ances n\u00e9es de la sp\u00e9culation financi\u00e8re (2). La menace d\u2019un risque syst\u00e9mique est loin d\u2019\u00eatre \u00e9cart\u00e9e.<\/p>\n<p>En ce qui concerne la dette publique, son annulation risquerait de frapper non seulement les banques et les sp\u00e9culateurs, mais aussi directement ou indirectement de petits \u00e9pargnants qui ont fait confiance \u00e0 leur Etat ou qui se sont fait refiler par leur banque et \u00e0 leur insu des placements complexes comprenant des titres douteux. Une reconversion n\u00e9goci\u00e9e (ce qui \u00e9quivaut \u00e0 une banqueroute partielle), comme cela s\u2019est fait en Argentine apr\u00e8s l\u2019effondrement du peso, ou apr\u00e8s un audit, comme le propose Eric Toussaint et une coalition d\u2019ONG pour d\u00e9terminer la part abusive de la dette, est sans doute pr\u00e9f\u00e9rable. On peut m\u00eame pr\u00e9voir le maintien du titre pour les petits porteurs et une d\u00e9pr\u00e9ciation de 40 \u00e0 60 % pour les autres ou encore recourir \u00e0 un \u00ab haircut \u00bb fiscal (3). Pour apurer la dette restante, un accroissement des recettes fiscales par une ponction exceptionnelle sur les profits financiers, comme le fait la Hongrie, ne serait pas mal venue et la mise en place de la fiscalit\u00e9 progressive avec, en tout premier lieu, dans le cas fran\u00e7ais l\u2019abandon r\u00e9el du bouclier fiscal et des niches scandaleuses.<\/p>\n<p>Dans une soci\u00e9t\u00e9 de croissance sans croissance, ce qui correspond plus ou moins \u00e0 la situation actuelle, l\u2019Etat est condamn\u00e9 \u00e0 imposer aux citoyens l\u2019enfer de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9, avec en prime la destruction des services publics et la privatisation de ce qu\u2019il est encore possible de vendre dans les bijoux de famille. Ce faisant on court le risque de cr\u00e9er une d\u00e9flation et d\u2019entrer dans le cycle infernal d\u2019une spirale d\u00e9pressive. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pour \u00e9viter cela qu\u2019il faut entreprendre de sortir de la soci\u00e9t\u00e9 de croissance et de construire une soci\u00e9t\u00e9 de d\u00e9croissance.<\/p>\n<p><strong>II Ni relance : Sortir de la religion de la croissance.<\/strong><\/p>\n<p>Face \u00e0 cette menace tr\u00e8s pr\u00e9sente, de bons esprits, comme Joseph Stiglitz, pr\u00e9conisent les vieilles recettes keyn\u00e9siennes de la relance de la consommation et de l\u2019investissement pour faire repartir la croissance. Cette th\u00e9rapie n\u2019est pas souhaitable. Pas souhaitable, parce que la plan\u00e8te ne peut plus le supporter, pas possible peut-\u00eatre, parce que, du fait de l\u2019\u00e9puisement des ressources naturelles (comprises au sens larges), depuis les ann\u00e9es 70 d\u00e9j\u00e0, les co\u00fbts de la croissance (quand elle a lieu) sont sup\u00e9rieurs \u00e0 ses b\u00e9n\u00e9fices. Les gains de productivit\u00e9 escomptables sont nuls ou quasi-nuls. Il faudrait encore privatiser et marchandiser les derni\u00e8res r\u00e9serves de vie sociale et faire cro\u00eetre la valeur d\u2019une masse inchang\u00e9e ou en diminution des valeurs d\u2019usage, pour prolonger de quelques ann\u00e9es seulement l\u2019illusion de la croissance.<\/p>\n<p>Toutefois, ce programme social-d\u00e9mocrate qui constitue le fonds de commerce des partis d\u2019opposition n\u2019est pas cr\u00e9dible, d\u2019abord parce que ces partis ne sont pas en \u00e9tat de remettre en cause le carcan de fer du cadre n\u00e9o-lib\u00e9ral qu\u2019ils ont eux-m\u00eames contribu\u00e9 \u00e0 construire au cours des trente derni\u00e8res ann\u00e9es et qui suppose une soumission sans faille aux dogmes mon\u00e9taristes. L\u2019exemple de la Gr\u00e8ce est ici assez \u00e9loquent.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit de sortir de l\u2019imp\u00e9ratif de la croissance, autrement dit, de rejeter la recherche obsessionnelle de la croissance. Celle-ci n\u2019est \u00e9videmment pas (et ne doit pas \u00eatre) un but en soi ; elle ne constitue plus le moyen pour supprimer le ch\u00f4mage (4). Il faut tenter de construire une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019abondance frugale, ou pour le dire comme Tim Jackson de Prosp\u00e9rit\u00e9 sans croissance.<\/p>\n<p>En effet, le premier objectif de transition devrait \u00eatre la recherche du plein emploi pour rem\u00e9dier \u00e0 la mis\u00e8re d\u2019une partie de la population. Cela pourrait \u00eatre fait par une relocalisation syst\u00e9matique des activit\u00e9s utiles, une reconversion progressive des activit\u00e9s parasitaires comme la publicit\u00e9 ou nuisibles comme le nucl\u00e9aire et l\u2019armement, et une r\u00e9duction programm\u00e9e et significative du temps de travail. Pour le reste, c\u2019est le recours \u00e0 la planche \u00e0 billets et donc \u00e0 une inflation contr\u00f4l\u00e9e (disons plus ou moins 5% par an) que nous pr\u00e9coniserions. Cette solution keyn\u00e9sienne qui \u00e9quivaut au recours \u00e0 une monnaie fondante en stimulant l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique, sans pour autant rentrer dans logique de la croissance illimit\u00e9e, favoriserait la solution des probl\u00e8mes engendr\u00e9s par l\u2019abandon de la religion de la croissance.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, ce beau programme est plus facile \u00e0 \u00e9noncer qu\u2019\u00e0 r\u00e9aliser. Dans le cas de la Gr\u00e8ce, il suppose au minimum de sortir de l\u2019Euro et de r\u00e9tablir la drachme, probablement inconvertible, avec ce que cela implique : contr\u00f4le des changes et r\u00e9tablissement des douanes. Le n\u00e9cessaire protectionnisme s\u00e9lectif de cette strat\u00e9gie ferait horreur aux experts de Bruxelles et de l\u2019O.M.C. Il faudrait donc s\u2019attendre \u00e0 des mesures de r\u00e9torsion et \u00e0 des tentatives de d\u00e9stabilisation ext\u00e9rieures relay\u00e9es par le sabotage des int\u00e9r\u00eats l\u00e9s\u00e9s de l\u2019int\u00e9rieur. Ce programme semble donc aujourd\u2019hui tr\u00e8s utopique, mais quand nous serons au fond du marasme et de la vraie crise qui nous guette, il paraitra souhaitable et r\u00e9aliste.<\/p>\n<p><strong>Conclusion : <\/strong>Dans la trag\u00e9die grecque ancienne, la catastrophe, c\u2019est l\u2019\u00e9criture de la strophe finale. Nous y sommes. Un peuple vote massivement pour un parti socialiste dont le programme \u00e9tait classiquement social-d\u00e9mocrate et, soumis \u00e0 la pression des march\u00e9s financiers, se voit imposer une politique d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 n\u00e9o-lib\u00e9rale par ce m\u00eame parti ob\u00e9issant aux injonctions conjointes de Bruxelles et du Fond Mon\u00e9taire international. Refuser d\u00e9mocratiquement ce diktat, ce que l\u2019Islande a pu faire, l\u2019Euro en emp\u00eache la Gr\u00e8ce. Il est clair que le peuple grec n\u2019accepterait probablement pas dans sa majorit\u00e9, en tout cas pas facilement, les cons\u00e9quences des ruptures n\u00e9cessaires pour une autre politique (sortie de l\u2019Euro, r\u00e9pudiation au moins partielle de la dette publique, mise au ban probable de l\u2019Europe et embargo des pays \u00ab spoli\u00e9s \u00bb, fuite de capitaux, etc.). Mais \u00ab le sang et les larmes \u00bb suivant la fameuse formule de Churchill, sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, seulement, sans l\u2019espoir de la victoire. Le projet de la d\u00e9croissance ne pr\u00e9tend pas faire l\u2019\u00e9conomie de ce sang et de ces larmes, mais au moins, il ouvre la porte de l\u2019espoir. La seule fa\u00e7on d\u2019y \u00e9chapper, nous le souhaitons ardemment, serait de r\u00e9ussir \u00e0 sortir l\u2019Europe de la dictature des march\u00e9s et construire l\u2019Europe de la solidarit\u00e9, de la convivialit\u00e9, ce ciment du lien social qu\u2019Aristote appelait la philia.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Serge Latouche, Professeur \u00e9m\u00e9rite d\u2019\u00e9conomie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Orsay, objecteur de croissance<\/p>\n<p><em>(1) Selon la Banque mondiale, la cons\u00e9quence du protectionnisme agricole du Nord serait un manque \u00e0 gagner de 50 milliards de dollars par an pour les pays exportateurs du Sud. Le d\u00e9put\u00e9 vert Allemand, Sven Giegold, en a donn\u00e9 un autre exemple avec la politique fiscale allemande pour forcer les exportations.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>(2) Selon la banque des r\u00e8glements internationaux de B\u00e2le, en effet, en f\u00e9vrier 2008 la cr\u00e9ation de produits d\u00e9riv\u00e9s atteignait 600 000 milliards de dollars soit de 11 \u00e0 15 fois le produit mondial ! L\u00e0, \u00e0 part l\u2019effondrement, m\u00eame un d\u00e9croissant n\u2019a pas de rem\u00e8de miracle pour atterrir en douceur\u2026<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>(3) C\u2019est ce que propose Thomas Piketti dans une tribune du journal Lib\u00e9ration du 28 juin. Il s\u2019agit de faire payer par les banques une partie du remboursement de la dette.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>(4) Selon les calcul d\u2019Albert Jacquard, (J\u2019accuse l\u2019\u00e9conomie triomphante, Calmann L\u00e9vy 1995\/ Poche 2004, p. 63), on estime qu\u2019une croissance du PIB fran\u00e7ais de 4% par an entra\u00eenerait un recul du taux de ch\u00f4mage de 2%. A ce rythme-l\u00e0, dans cinquante ans plus tard, le PIB aura \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9 par 7 (+ 600%) mais le nombre de ch\u00f4meurs ne baisserait que de 64 %. Etant donn\u00e9 que le ch\u00f4mage, toutes cat\u00e9gories confondues, concernait 5 millions de personnes en 2010, nous serons encore tr\u00e8s loin du plein emploi en 2060, puisque subsisteraient un peu moins de 2 millions de ch\u00f4meurs.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Publi\u00e9 en juillet 2011<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Serge Latouche, Professeur \u00e9m\u00e9rite d\u2019\u00e9conomie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Orsay, objecteur de croissance. Avec son aimable autorisation Introduction : Qu\u2019est-ce que la \u00ab rilance \u00bb ? C\u2019est au fond ce qui a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 au sommet (G8\/G20) de Toronto, un programme &hellip; <a href=\"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/?page_id=501\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-501","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/501","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=501"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/501\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":502,"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/501\/revisions\/502"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=501"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}