{"id":2089,"date":"2015-11-04T18:05:24","date_gmt":"2015-11-04T18:05:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/?p=2089"},"modified":"2016-07-26T20:57:45","modified_gmt":"2016-07-26T20:57:45","slug":"la-decroissance-une-vision-pour-des-societes-plus-justes-et-plus-sobres","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/?p=2089","title":{"rendered":"La D\u00e9croissance, une vision pour des soci\u00e9t\u00e9s plus justes et plus sobres"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong>Article publi\u00e9 dans <a href=\"http:\/\/www.cahiersdusocialisme.org\/2015\/10\/20\/la-decroissance-pour-la-suite-du-monde-3\/\">le n\u00b014 des Nouveaux cahiers du socialisme<\/a>, revue canadienne, automne 2015.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.cahiersdusocialisme.org\/wp-content\/uploads\/NCS14_couverture-199x300.jpg\" alt=\"\" width=\"174\" height=\"262\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00a0\u00ab<em> Tout ceux qui, \u00e0 gauche, refusent d&rsquo;aborder sous cet angle la question d&rsquo;une \u00e9quit\u00e9 sans croissance, d\u00e9montrent que le socialisme, pour eux, n&rsquo;est que la continuation par d&rsquo;autres moyens de rapports sociaux et de la civilisation capitaliste, du mode de vie et du mod\u00e8le de consommation bourgeois.<\/em> \u00bb Andr\u00e9 Gorz.<\/p>\n<p>Depuis plusieurs d\u00e9cennies, c\u2019est toujours la m\u00eame rengaine : \u00ab comment relancer la croissance ? \u00bb. A gauche comme \u00e0 droite, de Merkel \u00e0 Obama, de Sarkozy \u00e0 Orban, de Hollande \u00e0 Harper, une seule solution, la Croissance. Comme une pens\u00e9e magique, un totem.<br \/>\nLa croyance que le Croissance serait encore la solution \u00e0 tous nos probl\u00e8mes reste profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans l&rsquo;imaginaire collectif, \u00e0 tel point qu&rsquo;on assiste \u00e0 un arc-boutement collectif pour \u00ab la relancer \u00bb. Pourtant, nous sommes de plus en plus nombreux \u00e0 oser questionner la Croissance. Est-elle encore possible ? Est-elle souhaitable surtout ? <!--more--><br \/>\nLa Croissance est un imaginaire construit dans la continuit\u00e9 des lumi\u00e8res et la croyance aux progr\u00e8s techniques et \u00e9nerg\u00e9tiques infinis, ins\u00e9parablement li\u00e9s aux progr\u00e9s sociaux et humains. Apr\u00e8s la deuxi\u00e8me guerre mondiale, elle s&rsquo;est renforc\u00e9e avec les trente glorieuses, p\u00e9riode qui a fa\u00e7onn\u00e9 une vision lin\u00e9aire et unique de l&rsquo;histoire. Inconsciemment, la Croissance a construit un d\u00e9ni de la finitude de notre plan\u00e8te, mais aussi de nous-m\u00eames en tant que soci\u00e9t\u00e9, individu, et esp\u00e8ce. D\u00e8s le milieu des ann\u00e9es 70, la courbe du bien-\u00eatre n\u2019est plus corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 celle du PIB et nous entrons dans une p\u00e9riode de \u00ab crises \u00bb chroniques. Cette crise nous est pr\u00e9sent\u00e9e comme une calamit\u00e9 naturelle. Pour la surmonter nous allons devoir, collectivement et individuellement, nous adapter et admettre les r\u00e9formes n\u00e9cessaires. Mais surtout, il faut relancer la croissance. Sans jamais qu\u2019on ne pr\u00e9cise la croissance de quoi, pour qui, dans quel but, et comment ? Peu importe si nous entrons dans l\u2019\u00e8re de l&rsquo;anthropoc\u00e8ne, la crise est un alibi pour ne jamais remettre en cause la croissance !<br \/>\nLa croissance comme seul horizon de nos soci\u00e9t\u00e9s permet de rel\u00e9guer toutes les autres questions \u00e0 plus tard, notamment la question des in\u00e9galit\u00e9s de plus en plus ind\u00e9centes. Elle repousse ce probl\u00e8me tout en r\u00e9ussissant le tour de force de rendre ces in\u00e9galit\u00e9s acceptables pour les plus d\u00e9munis puisqu\u2019elle entretient l&rsquo;illusion que les b\u00e9n\u00e9fices de la croissance rejailliront naturellement jusqu\u2019\u00e0 eux. Demain sera toujours meilleur, car le toujours plus qu&rsquo;elle apporte ne peut \u00eatre que b\u00e9n\u00e9fique. D\u2019ailleurs, d\u00e8s maintenant, gr\u00e2ce \u00e0 la croissance, il leur reste quand m\u00eame quelques miettes qui leur permettent de patienter. Ainsi, tout en laissant croire subrepticement que ce n&rsquo;est que passager, la croissance permet de justifier la division du travail, la rente croissante du capital, et plus globalement un syst\u00e8me fait de dominants et de domin\u00e9s avec l&rsquo;exploitation comme corollaire. La recherche de la croissance devient ainsi un rempart pour maintenir l&rsquo;ordre \u00e9tabli.<br \/>\nC&rsquo;est pour questionner toutes ces croyances implicites et tous les d\u00e9nis en d\u00e9coulant, que nous utilisons le terme de \u00ab D\u00e9croissance \u00bb. Slogan provocateur, imparfait mais efficace. L&rsquo;enjeu est encore de d\u00e9coloniser notre imaginaire croissanciste et de commencer \u00e0 d\u00e9-croire afin de penser de nouveaux mod\u00e8les de soci\u00e9t\u00e9s soutenables et souhaitables, autonomes et conviviaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Une croissance infinie dans un monde fini n&rsquo;est ni possible, ni souhaitable, c&rsquo;est une absurdit\u00e9 !<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Tout d&rsquo;abord, il est utile de pr\u00e9ciser que la croissance ne marche plus. Et, quand bien m\u00eame, le syst\u00e8me croissanciste n&rsquo;est pas souhaitable.<br \/>\n&#8211; Le carburant de la croissance, c\u2019est l\u2019\u00e9nergie. La courbe du PIB est corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 celle du p\u00e9trole. Or, les r\u00e9serves de p\u00e9trole ne sont pas illimit\u00e9es et les p\u00e9troles de schiste ou bitumineux en sont les derni\u00e8res miettes. Aucune \u00e9nergie renouvelable ne pourra r\u00e9ellement remplacer le p\u00e9trole, en n&rsquo;oubliant pas que l&rsquo;usage du p\u00e9trole ne se limite pas \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie. Par ailleurs, le p\u00e9trole n&rsquo;est pas le seul concern\u00e9 par la rar\u00e9faction, c&rsquo;est le cas de toutes les ressources naturelles. Mais d&rsquo;autres facteurs viendront contrecarrer la marche forc\u00e9e vers la croissance notamment la perte de la biodiversit\u00e9 ou encore les rejets de gaz \u00e0 effet de serre. Il est clair que la parenth\u00e8se ouverte au 18\u00e8me si\u00e8cle est en train se refermer. Reste \u00e0 savoir si nous allons anticiper, si nous allons tendre vers une D\u00e9croissance choisie, d\u00e9mocratique ou vers une r\u00e9cession subie. Une croissance infinie dans un monde fini est impossible.<br \/>\n&#8211; Les quatre derni\u00e8res d\u00e9cennies nous ont satur\u00e9s de biens mat\u00e9riels et de services inutiles. L&rsquo;oligarchie nous pousse toujours plus \u00e0 plus de consommation, \u00e0 plus de travail, \u00e0 plus d&rsquo;efforts \u00e0 coups de publicit\u00e9, de cr\u00e9dits et d\u2019obsolescence programm\u00e9e comme alli\u00e9s. La plan\u00e8te est incapable d&rsquo;absorber cette d\u00e9mesure. En parall\u00e8le des signes de lassitude apparaissent. Sous pr\u00e9texte de cr\u00e9er des emplois, il faut cr\u00e9er de nouveaux besoins et marchandiser au maximum le monde : d\u00e9chets, services, s\u00e9curit\u00e9, privatisation du vivant, des liens sociaux, des loisirs, toujours plus de stress et de pertes de sens\u2026 Une croissance infinie dans un monde fini est absurde.<br \/>\n&#8211; En outre, bien qu\u2019une grande partie de nos productions ne soit pas n\u00e9cessaire pour subvenir \u00e0 nos besoins, nous \u00e9chouons perp\u00e9tuellement \u00e0 satisfaire les besoins \u00e9l\u00e9mentaires d&rsquo;un nombre trop important de nos concitoyens. Les in\u00e9galit\u00e9s deviennent inacceptables, intenables. 1% de l\u2019humanit\u00e9 s&rsquo;approprie 50% des richesses. Les in\u00e9galit\u00e9s croissantes sont inh\u00e9rentes \u00e0 toutes les soci\u00e9t\u00e9s productivistes, bas\u00e9es sur la comp\u00e9tition et la concurrence. Le capitalisme a besoin de ch\u00f4mage pour exister. C\u2019est un leurre de croire qu\u2019il apportera le plein emploi. In\u00e9galit\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des soci\u00e9t\u00e9s occidentales, in\u00e9galit\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la plan\u00e8te : nos modes de vie perdurent au d\u00e9triment des pays du sud envers lesquels nous avons une immense dette \u00e9cologique. Une croissance infinie dans un monde fini est ind\u00e9cente.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Aust\u00e9rit\u00e9 subie ou D\u00e9croissance choisie<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">L\u2019id\u00e9ologie dominante semble bien d\u00e9cal\u00e9e par rapport \u00e0 l&rsquo;urgence sociale, culturelle et \u00e9cologique. Elle scande que la croissance reste la solution. Les Objecteurs de Croissance (OC) affirment qu&rsquo;elle est le probl\u00e8me. Et c\u2019est justement parce qu\u2019ils ne craignent pas de remettre en cause le dogme de la Croissance qu\u2019ils sont en mesure de proposer des pistes audacieuses, qu\u2019ils estiment justes socialement, soutenables \u00e9cologiquement et, finalement, tr\u00e8s r\u00e9alistes.<br \/>\nIl ne va pas s\u2019agir de d\u00e9cro\u00eetre pour d\u00e9cro\u00eetre. La d\u00e9croissance du PIB ne doit pas \u00eatre une finalit\u00e9. La d\u00e9croissance de tout pour tous, serait tout aussi absurde que la croissance de tout pour tous. La D\u00e9croissance, avant d\u2019\u00eatre un projet, est un outil s\u00e9mantique qui a pour objectif d&rsquo;ouvrir des d\u00e9bats sur ce que pourraient \u00eatre des soci\u00e9t\u00e9s souhaitables et soutenables, de poser la question du sens.<br \/>\nToutefois, pour r\u00e9pondre aux contraintes environnementales, il va falloir sortir du consum\u00e9risme. C&rsquo;est-\u00e0-dire qu\u2019on ne peut plus s\u2019appuyer sur un productivisme aveugle pour faire grossir le g\u00e2teau dans l\u2019espoir que chacun puisse avoir sa part. Il va falloir limiter la taille du g\u00e2teau en terme d&rsquo;impact, mieux le partager aussi. La seule solution est de changer la recette, les recettes. Qu\u2019est-ce qu\u2019on produit, comment et pour quels usages ? Quels syst\u00e8mes d\u2019\u00e9changes et de partages ? Quelles limites pour le bien-\u00eatre collectif ?<br \/>\nEn proposant une sortie du productivisme, la question de l\u2019emploi se pose : \u00ab D\u2019accord pour moins consommer, donc moins produire, pour produire mieux (durable, r\u00e9parable, recyclable, autonome, etc.) mais mon emploi ? Comment je vais nourrir ma famille ? \u00bb. C\u2019est vrai, et c\u2019est souhaitable, certains emplois, les plus n\u00e9fastes, sont appel\u00e9s \u00e0 dispara\u00eetre. Et globalement, la cr\u00e9ation d\u2019emplois du secteur \u00e9cologique ne les compensera pas en pouvoir d\u2019achat. En effet, dans une soci\u00e9t\u00e9 qui pr\u00e9l\u00e8ve r\u00e9ellement moins de ressources, les emplois ne donneront pas acc\u00e8s \u00e0 la m\u00eame quantit\u00e9 de biens mat\u00e9riels qu\u2019aujourd\u2019hui. Une piste de solution passe par le partage du travail et l\u2019autogestion. Mais au final, c\u2019est physique, nous n\u2019aurons globalement pas acc\u00e8s \u00e0 la m\u00eame quantit\u00e9 de biens mat\u00e9riels.<br \/>\nEst-ce pour autant que nous sommes condamn\u00e9s \u00e0 vivre moins bien ? Bien s\u00fbr que non si nous faisons le choix de penser collectivement les conditions de notre bien-\u00eatre. Il va falloir choisir entre \u00ab aust\u00e9rit\u00e9 subie \u00bb et \u00ab d\u00e9croissance choisie \u00bb. C&rsquo;est-\u00e0-dire qu\u2019il va falloir choisir entre une soci\u00e9t\u00e9 qui privil\u00e9gie les individualismes au d\u00e9triment des biens communs, et une soci\u00e9t\u00e9 qui r\u00e9\u00e9value son \u00ab devoir d\u2019achat \u00bb dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de tous, soit une soci\u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9e de la pression sociale consum\u00e9riste et ostentatoire.<br \/>\nC\u2019est principalement le mode de vie occidental qu\u2019il va falloir repenser, celui du \u00ab mod\u00e8le de consommation bourgeois \u00bb. Et pour que ce nouveau mod\u00e8le soit d\u00e9sirable et soutenable, nous proposons des mesures susceptibles de nous r\u00e9approprier nos usages, nos limites, notre bien-\u00eatre, le sens de nos vies.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Se r\u00e9approprier ses besoins ? Deux exemples<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">La question de la mobilit\u00e9, avant d\u2019\u00eatre un questionnement sur le \u00ab comment ? \u00bb doit d&rsquo;abord \u00eatre un questionnement sur le \u00ab pourquoi ? \u00bb. Quel sera l\u2019impact des alternatives \u00e0 la voiture s\u2019il n\u2019y a pas de d\u00e9bats pr\u00e9alables sur l\u2019am\u00e9nagement du territoire, sur la nature des besoins en mobilit\u00e9 et sur leur \u00e9volution, sur le voyage, etc.<br \/>\nIl faut dix calories v\u00e9g\u00e9tales pour obtenir une calorie d\u2019origine animale. Le r\u00e9gime alimentaire des europ\u00e9ens n\u2019est pas g\u00e9n\u00e9ralisable \u00e0 la plan\u00e8te. Doit-on d\u00e9velopper de nouvelles technologies productivistes, gourmandes en \u00e9nergies, quitte \u00e0 d\u00e9truire l\u2019environnement, \u00e0 exploiter les animaux et \u00e0 g\u00e9n\u00e9raliser la malbouffe ? Doit-on s\u2019habituer \u00e0 ce qu\u2019une partie de la population mondiale souffre de la famine, quitte \u00e0 l\u2019attribuer \u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes naturels incontr\u00f4lables ? Ou doit-on s\u2019inspirer des modes de productions et d\u2019alimentation plus sobres et rentables, locaux, de saison et autonomes, et meilleurs pour la sant\u00e9 ? L&rsquo;alimentation n&rsquo;est-elle pas la meilleure cl\u00e9 pour une bonne sant\u00e9 ?<br \/>\nVoici des exemples de d\u00e9bats passionnants, qui permettraient de mobiliser la population, \u00e0 condition que tous les tenants et aboutissants soient \u00e0 sa disposition. En commen\u00e7ant par questionner les besoins qui apparaissent, gr\u00e2ce \u00e0 la publicit\u00e9, comme naturels.<br \/>\nMais ce qui est important est aussi le chemin. Subir le v\u00e9lo ou l&rsquo;absence de viande pour des raisons \u00e9conomiques n&rsquo;est pas la m\u00eame chose que d&rsquo;en faire le choix. Ainsi prendre son v\u00e9lo peut \u00eatre v\u00e9cu comme une lib\u00e9ration \u00e9mancipatrice ou comme une humiliation.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Un espace solidaire et \u00e9cologique<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Le capitalisme a marchandis\u00e9 le monde. La r\u00e9partition des richesses se fait par la r\u00e9mun\u00e9ration du capital et aussi \u00e0 travers le salariat. Alors, m\u00eame si nous n\u2019adh\u00e9rons pas au mod\u00e8le de d\u00e9veloppement occidental, m\u00eame si nous savons que notre emploi participe au productivisme et au consum\u00e9risme, m\u00eame si nous aimerions pouvoir nous passer de certains \u00ab besoins \u00bb, chacun d\u2019entre nous est amen\u00e9 \u00e0 accepter n\u2019importe quel emploi pour vivre. Nous proposons de limiter les travers de cette marchandisation de l\u2019activit\u00e9, en la cadrant dans un syst\u00e8me \u00e9quitable et soutenable : personne en dessous du plancher, personne au dessus du plafond.<br \/>\n&#8211; Le plancher, c\u2019est un revenu de base (RdB) donn\u00e9 \u00e0 toutes et tous sans condition. Il s\u2019agit du minimum pour vivre dignement. Il ne s\u2019agit pas d\u2019un syst\u00e8me o\u00f9 l\u2019\u00e9tat prendrait en charge des assist\u00e9s. Il s\u2019agit d\u2019un choix collectif de r\u00e9partition des richesses produites, \u00e9tabli par les citoyens, pour les citoyens, d&rsquo;un droit opposable \u00e0 un acc\u00e8s aux biens communs. Ce revenu devrait \u00eatre partiellement d\u00e9mon\u00e9taris\u00e9 comme nous le proposons avec la Dotation Inconditionnelle d&rsquo;Autonomie (DIA), via des acc\u00e8s directs \u00e0 des ressources telles que l\u2019eau, l\u2019\u00e9nergie, la sant\u00e9, des biens communs et des services publics. La distribution de l\u2019eau pourrait se faire selon le principe de la gratuit\u00e9 du bon usage et du rench\u00e9rissement du m\u00e9susage. Pourquoi payer au (le) m\u00eame prix l\u2019eau pour boire et l\u2019usage domestique, que l\u2019eau servant \u00e0 arroser des golfs ou remplir des piscines priv\u00e9es ? Les premiers m3 d\u2019eau seraient gratuits, et la surconsommation serait rench\u00e9rie. Et ce, dans une logique de justice sociale et de pr\u00e9servation des ressources, mais aussi de conscientisation de nos actes.<br \/>\n&#8211; La libert\u00e9, c\u2019est de cumuler un salaire avec ce revenu de base. Tout le monde aura une activit\u00e9, r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e ou non. Dans tous les cas, chacun pourra choisir d\u2019en changer quand cela lui para\u00eetra n\u00e9cessaire. Plus personne ne sera oblig\u00e9 d\u2019accepter n\u2019importe quel emploi, notamment ces emplois toxiques qui n\u2019ont de sens pour personne. Ainsi, le rapport de force entre l\u2019employeur et l\u2019employ\u00e9 s\u2019inverse. Les t\u00e2ches les plus difficiles sont aujourd&rsquo;hui les moins bien consid\u00e9r\u00e9es, dans un tel syst\u00e8me elles seraient partag\u00e9es et r\u00e9\u00e9valu\u00e9es (et aussi minimis\u00e9es en questionnant leur utilit\u00e9 et en repensant nos productions).<br \/>\n&#8211; Le plafond, c\u2019est le revenu maximal acceptable (RMA). Un revenu, \u00e0 partir duquel, la consommation (donc le tirage sur les ressources) empi\u00e8te sur le bien-\u00eatre des autres, et sur l\u2019avenir des g\u00e9n\u00e9rations futures. Un revenu maximal qui rendrait la raison \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, et l\u2019emp\u00eacherait de tomber dans la d\u00e9mesure aux cons\u00e9quences environnementales, sociales, et psychologiques insoutenables. C&rsquo;est aussi questionner le mode de vie des plus riches et la rivalit\u00e9 ostentatoire qu&rsquo;il suscite \u00e0 travers les m\u00e9dias dominant et la publicit\u00e9.<br \/>\nLe plancher et le plafond apparaissent clairement comme un choix permettant \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 de d\u00e9cider collectivement de s&rsquo;organiser et de s&rsquo;imposer des limites que la soci\u00e9t\u00e9 de croissance ignore. Poser des limites, c&rsquo;est se donner les moyens de subvenir aux besoins de tous, de s\u00e9curiser les parcours de (tout \u00e0) chacun mais aussi revoir notre rapport aux productions et \u00e0 la consommation.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Quelques pistes pour une D\u00e9croissance sereine, conviviale et autonome<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Cette DIA, coupl\u00e9 au RMA, n\u2019est pas un but en soit, elle est aussi un chemin de repolitisation de la soci\u00e9t\u00e9, de resocialisation de la politique. Elle s\u2019inscrit dans un projet plus global qui peut se d\u00e9cliner sur plusieurs axes :<br \/>\n&#8211; Le premier axe est la relocalisation ouverte. Relocaliser les \u00e9changes et l\u2019\u00e9conomie, dans le but d\u2019obtenir les m\u00eames services tout en baissant l\u2019empreinte \u00e9cologique. Par exemple, en mangeant des produits de saison et locaux. Les monnaies locales permettraient un transfert de l\u2019\u00e9conomie dans le local. Mais surtout, relocaliser la d\u00e9mocratie, notamment dans le but de prendre conscience de ses actes, puis de reconsid\u00e9rer ses propres besoins et les conditions de son bien-\u00eatre. La relocalisation pose bien entendu la question de l\u2019\u00e9chelle territoriale. Quel \u00e9quilibre entre l\u2019ouverture au monde, aux autres, et l\u2019organisation locale ? C&rsquo;est pourquoi nous parlons de relocalisation ouverte, avec \u00e0 la fois des contre-pouvoirs, des solidarit\u00e9s, mais aussi un refus du repli sur soi. Au contraire, nous pensons que le multiculturalisme, le multilinguisme et la rencontre sont porteurs de sens et de bien-\u00eatre, d&rsquo;\u00e9mancipation.<br \/>\n&#8211; Le second axe est celui de la justice sociale. La DIA et le RMA sont associ\u00e9s \u00e0 une d\u00e9marchandisation du monde via l\u2019extension des sph\u00e8res de la gratuit\u00e9. Dans la logique du plancher\/plafond, il s\u2019agirait de rendre gratuit le bon usage d\u2019un bien ou d\u2019un service et de rench\u00e9rir son m\u00e9susage. Tant qu\u2019il y a du p\u00e9trole pour gagner en productivit\u00e9, la r\u00e9duction du temps de travail, permettrait de mieux le partager sans tomber dans le productivisme. Puis, quand le p\u00e9trole viendra \u00e0 manquer, gageons que nos besoins de consommation seront devenus plus raisonnables.<br \/>\n&#8211; Le troisi\u00e8me axe est celui de la sortie de la religion de l&rsquo;\u00e9conomie \u00e0 travers la r\u00e9appropriation d\u00e9mocratique des banques centrales, de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire et une r\u00e9flexion sur le sens de la dette (et le non remboursement de ses parts ill\u00e9gitimes). Il s&rsquo;agit de mettre l&rsquo;\u00e9conomie au service de la politique et non plus le contraire. Au del\u00e0 de ces r\u00e9formes techniques fondamentales, il s&rsquo;agit aussi de remettre l&rsquo;\u00e9conomie \u00e0 sa place d&rsquo;un point de vue culturelle, de la r\u00e9-encastrer. Nous sommes des homo-economicus devenus incapables de comprendre que l&rsquo;argent ne se mange pas et d&rsquo;appr\u00e9cier ce qui n&rsquo;est pas comptable.<br \/>\n&#8211; Le quatri\u00e8me axe est celui de la sortie de la centralit\u00e9 de la valeur travail. Il est temps de nous d\u00e9sali\u00e9ner de l&#8217;emploi salari\u00e9 afin de nous r\u00e9approprier des activit\u00e9s choisies riches de sens. Cela passe aussi par une r\u00e9flexion sur la division des t\u00e2ches, notre rapport \u00e0 l&rsquo;outil, aux technologies. C&rsquo;est ce que nous exp\u00e9rimentons avec nos r\u00e9flexions sur les low-tech et aussi le faire soi-m\u00eame (DIY).<br \/>\n&#8211; Le cinqui\u00e8me axe est celui de l\u2019\u00e9ducation. Une \u00e9ducation non-violente et coop\u00e9rative. O\u00f9 l\u2019\u00e9cole n\u2019est pas une fabrique de futurs consommateurs \/ producteurs. Il s&rsquo;agit de construire l&rsquo;\u00e9cole de la vie, \u00e9mancipatrice et qui repense les relations interg\u00e9n\u00e9rationnelles afin de cr\u00e9er des soci\u00e9t\u00e9s autonomes.<br \/>\n&#8211; Le dernier axe est le pilier n\u00e9cessaire \u00e0 la transition. Une d\u00e9mocratie de tous les jours, qui ne se r\u00e9sume pas \u00e0 abandonner son pouvoir \u00e0 une oligarchie qui prendra des d\u00e9cisions dans son propre int\u00e9r\u00eat ; pour elle, il n\u2019y a pas de crise. Il est hors de question de d\u00e9finir le \u00ab bon usage \u00bb et le \u00ab m\u00e9susage \u00bb, ainsi que les \u00ab limites acceptables \u00bb de mani\u00e8re autoritaire. La soci\u00e9t\u00e9 doit trouver sa propre autonomie collective. Il est temps d\u2019inventer des mani\u00e8res de d\u00e9cider ensemble ce qui est n\u00e9cessaire \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 : qu\u2019est-ce qu\u2019on produit ? Comment ? Dans quels buts et avec quels impacts ?<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Un outil pour initier une transition vers des soci\u00e9t\u00e9s plus justes et plus sobres.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Ce projet de D\u00e9croissance, pr\u00e9sent\u00e9e ici de mani\u00e8re incompl\u00e8te, donne une id\u00e9e de ce que pourraient \u00eatre des soci\u00e9t\u00e9s soutenables et souhaitables. Mais il a d\u2019abord pour vocation de donner une vision \u00e9volutive qui oriente d\u00e8s maintenant les d\u00e9bats, mais aussi les d\u00e9cisions que nous pouvons prendre individuellement, collectivement et politiquement.<br \/>\nPartout, des citoyens imaginent et exp\u00e9rimentent des organisations soutenables et solidaires. Elles sont de plus en plus nombreuses et d\u2019origines diverses. Ces exp\u00e9riences participent d\u00e8s maintenant \u00e0 construire les alternatives de demain. La transition est en marche, mais la masse critique ne sera \u00e0 notre port\u00e9e que lorsque une part importante de nos soci\u00e9t\u00e9s occidentales, donc les classes moyennes, sera pr\u00eate \u00e0 sortir du consum\u00e9risme et \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rimenter d\u2019elle-m\u00eame. Si la premi\u00e8re des D\u00e9croissance doit \u00eatre celle des in\u00e9galit\u00e9s et passe par la mise en place d&rsquo;un plancher et d&rsquo;un plafond, c\u2019est aussi aupr\u00e8s de cette classe moyenne qu\u2019il faut rendre d\u00e9sirable le projet de D\u00e9croissance. Il faut lui permettre d&rsquo;oser faire les pas de c\u00f4t\u00e9 vers ces nouveaux mondes, de ne plus avoir peur du d\u00e9classement afin de se lib\u00e9rer de ce pseudo-cocon de confort artificiel et ali\u00e9nant que repr\u00e9sente le consum\u00e9risme.<br \/>\nL&rsquo;heure est de changer de \u00ab logiciel \u00bb et de se lib\u00e9rer de la matrice de la Croissance qu&rsquo;on nous mart\u00e8le depuis 40 ans. C&rsquo;est \u00e0 la fois une n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;engager maintenant une transition vers d\u2019autres soci\u00e9t\u00e9s soutenables et souhaitables, plus justes et plus sobres mais, surtout, une chance : celle de devenir acteur d&rsquo;un changement positif et convivial, lib\u00e9rateur et \u00e9mancipateur.<\/p>\n<p><strong>Vincent Liegey, St\u00e9phane Madelaine, Christophe Ondet et Anisabel Veillot<\/strong><br \/>\nCo-auteurs d&rsquo; \u00ab <em><a href=\"http:\/\/ecosociete.org\/livres\/un-projet-de-decroissance\">Projet de D\u00e9croissance \u2013 Manifeste pour une Dotation Inconditionnelle d&rsquo;Autonomie<\/a> \u00bb<\/em>, Ecosoci\u00e9t\u00e9, 2014.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article publi\u00e9 dans le n\u00b014 des Nouveaux cahiers du socialisme, revue canadienne, automne 2015. \u00a0\u00ab Tout ceux qui, \u00e0 gauche, refusent d&rsquo;aborder sous cet angle la question d&rsquo;une \u00e9quit\u00e9 sans croissance, d\u00e9montrent que le socialisme, pour eux, n&rsquo;est que la &hellip; <a href=\"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/?p=2089\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":true,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-2089","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualites"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2089","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2089"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2089\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2091,"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2089\/revisions\/2091"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2089"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2089"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2089"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}