{"id":2479,"date":"2019-04-15T15:00:07","date_gmt":"2019-04-15T15:00:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/?p=2479"},"modified":"2019-04-23T13:25:16","modified_gmt":"2019-04-23T13:25:16","slug":"lutopie-dhier-est-devenue-la-realite-daujourdhui","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/?p=2479","title":{"rendered":"L\u2019utopie d\u2019hier est devenue la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui\u00a0!"},"content":{"rendered":"<div class=\"image_preview--img\">\n<p><a href=\"https:\/\/www.jetdencre.ch\/changement-climatique-la-decroissance-une-illusion-7300\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"https:\/\/s2.qwant.com\/thumbr\/0x380\/e\/7\/a3a728306329816f34485b5896576901b3ff9e955c559c73d4d321b3cbf5dc\/pic34.jpg?u=https%3A%2F%2Fwww.jetdencre.ch%2Fwp-content%2Fuploads%2F2014%2F08%2Fpic34.jpg&amp;q=0&amp;b=1&amp;p=0&amp;a=1\" alt=\"Changement climatique : La d\u00e9croissance, une illusion\" width=\"213\" height=\"116\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>La dotation inconditionnelle d&rsquo;autonomie (DIA), une bouff\u00e9e d&rsquo;air frais, un souffle de po\u00e9sie instituant le bonheur et la joie de vivre \u00e0 jamais ? Sans aucun doute, mais il faut esp\u00e9rer que ce n&rsquo;est pas l\u00e0 la fin de l&rsquo;histoire, laissant croire \u00e0 la pleine et enti\u00e8re r\u00e9alisation de nos potentialit\u00e9s. La DIA est bien d&rsquo;avantage un point de d\u00e9part qu&rsquo;un point d&rsquo;arriv\u00e9e. Autrement dit, c&rsquo;est un outil de lutte qui doit nous permettre de viser le bonheur pour tous, c&rsquo;est-\u00e0-dire imposer la constitution d&rsquo;une vie sociale pacifi\u00e9e et la mise en \u0153uvre d&rsquo;un gouvernement juste et d\u00e9mocratique.<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme chaque ann\u00e9e, \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019automne, nous nous retrouvons \u00e0 bord de notre p\u00e9niche. Le moment vient de l\u2019amarrer jusqu\u2019au sortir de l\u2019hiver, et nous avons pris l\u2019habitude de le faire tous ensemble, Vincent, St\u00e9phane, Christophe, Anne-Isabelle, moi et quelques autres. Au rythme de l\u2019escargot, nous remontons la Seine, jusqu\u2019au Tout-Petit-Paris, jusqu\u2019au canal Saint-Martin, jusqu\u2019aux origines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette ann\u00e9e, l\u2019\u00e9v\u00e8nement prend une importance singuli\u00e8re. Loin des innombrables c\u00e9l\u00e9brations partout en Europe, \u00e0 l\u2019abri des bals, des carnavals, des crit\u00e9riums cyclistes, organis\u00e9s dans chaque ville, village, quartier ou cour d\u2019immeuble, nous avons choisi de f\u00eater simplement, dans la convivialit\u00e9 heureuse et l\u2019automod\u00e9ration qui nous a symbolis\u00e9, les dix ans de l\u2019instauration de la Dotation Inconditionnelle d\u2019Autonomie comme un droit inali\u00e9nable de l\u2019Homme. Trente-sept ans auparavant, les \u00e9ditions Utopia<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\">1<\/a><\/sup> publiaient \u201c<i>Un projet de D\u00e9croissance. Manifeste pour une Dotation Inconditionnelle d\u2019Autonomie<\/i>\u201d<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\">2<\/a><\/sup>. Ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019un projet. Pour certains, une lubie de lib\u00e9raux-libertaires, ou de petits-bourgeois en mal de reconnaissance m\u00e9diatique<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\">3<\/a><\/sup>. Pour les ap\u00f4tres de la Croissance, une h\u00e9r\u00e9sie. Pour tous, une Utopie.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019\u00e9tait notre horizon, notre cheval de bataille, notre marque de fabrique. Nous en avons d\u00e9battu longuement, en dehors de notre outil de r\u00e9appropriation de la politique, le Parti Pour La D\u00e9croissance<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\">4<\/a><\/sup>, puis en dedans. Le consensus s\u2019est \u00e9largi avec les partenaires de gauche, la convergence s\u2019est cr\u00e9\u00e9e au niveau international. \u00c7a nous a vite d\u00e9pass\u00e9s. Nous assistions, stup\u00e9faits, \u00e0 la naissance d\u2019un nouveau monde\u2026 non sans heurts, ni violences\u2026 le chemin fut long quand on y repense.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vincent nous sert un Unicum en ap\u00e9ritif. Nous savourons le breuvage, venu directement en v\u00e9lo et en train des contr\u00e9es magyares et donc rare. Mais l\u2019occasion le m\u00e9rite. Anne-Isabelle nous a ramen\u00e9 du fromage de ch\u00e8vre issu de sa ferme des Yvelines. Les retrouvailles commencent sous les meilleurs auspices, et la journ\u00e9e n\u2019en est qu\u2019\u00e0 son d\u00e9but.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Personnellement, je n\u2019y ai jamais cru. La marche \u00e9tait trop haute, le foss\u00e9 trop profond. M\u00eame pendant mon court mandat de secr\u00e9taire national du PPLD, je suis rest\u00e9 persuad\u00e9 que nous avions cause perdue, que la barbarie allait triompher. J\u2019ai pourtant continu\u00e9, avec les copains et copines, \u00e0 militer, \u00e0 d\u00e9battre, \u00e0 \u00e9crire, et \u00e0 douter. Mais aussi \u00e0 exp\u00e9rimenter, \u00e0 nous r\u00e9approprier des savoir-faire, des espaces de libert\u00e9, de convivialit\u00e9 et d\u2019autonomie. Il ne nous restait plus que \u00e7a : y croire, ou se r\u00e9signer \u00e0 la violence, la peur et les replis sur soi. Nous semions des graines, en esp\u00e9rant qu\u2019un jour elles puissent \u00e9clore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s 2013, nous pr\u00e9tendions que la transition \u00e9tait en marche<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a>. Je la voyais plut\u00f4t rampante, \u00e0 l\u2019agonie, mais j\u2019avais tort. Elle courait \u00e0 perdre haleine. Le monde d\u2019alors, brutal, \u00e9go\u00efste, injuste, insoutenable, n\u2019est plus d\u00e9sormais qu\u2019un sujet d\u2019\u00e9tude, une histoire que je raconte \u00e0 mes petits enfants pendant les veill\u00e9es d\u2019hiver.<\/p>\n<p>Le chemin a \u00e9t\u00e9 violent, parfois, il n\u2019a pas toujours emprunt\u00e9 les sentiers auxquels nous nous attendions. Le clivage a \u00e9t\u00e9 r\u00e9el, la masse critique longue \u00e0 se dessiner. Mais lorsque l\u2019on donne \u00e0 voir, \u00e0 r\u00eaver, \u00e0 aimer un projet \u00e0 d\u2019autres, et qu\u2019ils commencent \u00e0 leur tour \u00e0 voir, \u00e0 r\u00eaver, \u00e0 aimer ce projet, avant m\u00eame qu\u2019il existe, cela ne peut que marcher. De tous les c\u00f4t\u00e9s, l\u2019utopie avan\u00e7ait.<\/p>\n<p>D\u2019abord, dans les pays du Nord, l\u2019instauration d\u2019un revenu maximal, vot\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements violents du milieu des ann\u00e9es 2010. Puis la loi sur les 30, puis sur les 25 et les 20 heures de travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ensuite, apr\u00e8s la tentative de reprise du pouvoir par l\u2019oligarchie du d\u00e9but des ann\u00e9es 2020, l\u2019instauration d\u2019un revenu de base<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\">6<\/a><\/sup> \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne, gr\u00e2ce \u00e0 une reprise en main d\u00e9mocratique de la banque centrale europ\u00e9enne et de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le m\u00eame temps, au sud de l\u2019Europe ravag\u00e9e d\u00e8s 2008 par l\u2019ultralib\u00e9ralisme et ses plans d\u2019aust\u00e9rit\u00e9, la floraison, l\u2019\u00e9closion, l\u2019essaimage de dizaines, centaines, milliers d\u2019alternatives concr\u00e8tes : la r\u00e9appropriation du foncier, l\u2019interdiction de l\u2019agriculture intensive, la gratuit\u00e9 des transports de proximit\u00e9, le rench\u00e9rissement de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, les jardins partag\u00e9s, les march\u00e9s parall\u00e8les et gratuits, les monnaies locales, la fin du tout-voiture, les cours de communication non-violente&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u2019appuyant sur cette dynamique des alternatives concr\u00e8tes, et sur une culture de la non-violence, toutes ces d\u00e9cisions ont modifi\u00e9 en profondeur nos soci\u00e9t\u00e9s et ont mis un coup d\u2019arr\u00eat au productivisme et accessoirement \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9. \u00ab\u00a0La repolitisation de la soci\u00e9t\u00e9 et la resocialisation de la politique\u00a0\u00bb<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\">7<\/a><\/sup>, comme on disait \u00e0 l\u2019\u00e9poque, voyaient le jour\u00a0!.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par le haut comme par le bas, du nord au sud, nous y sommes arriv\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la cinqui\u00e8me bouteille, nos \u00e2ges commencent \u00e0 se faire vraiment oublier. Les copains se marrent \u00e0 l\u2019\u00e9vocation de Beaugency et de la plateforme de convergence<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\">8<\/a><\/sup> par Vincent. Certaines plaies ne sont pas referm\u00e9es, mais le moment est \u00e0 la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. Apr\u00e8s tout, on ne se voit qu\u2019une fois l\u2019an. Parcourir les centaines de kilom\u00e8tres qui nous s\u00e9parent le reste de l\u2019ann\u00e9e, ce n\u2019est plus si simple, (mais les modes de transport sont tellement plus conviviaux, offrant<span style=\"color: #000000;\"> un autre rapport au temps et aux autres<\/span>&#8230;) et depuis l\u2019Effondrement, les relations virtuelles sont r\u00e9duites \u00e0 peau de chagrin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n\u2019est pourtant pas le temps qui nous manque. Je n\u2019ai jamais eu le privil\u00e8ge de \u201cpartir en retraite\u201d, mais j\u2019ai eu la chance de ne pas avoir \u00e0 trop travailler. Ces trente derni\u00e8res ann\u00e9es, je n\u2019ai fait que deux choses : ce qui \u00e9tait n\u00e9cessaire \u00e0 la communaut\u00e9 (ramasser les ordures &#8211; d\u2019ailleurs, c\u2019\u00e9tait mon tour hier !), et ce qui me faisait envie. <span style=\"color: #000000;\">Chaque jour, nous vivons plusieurs vies : manuelles, artisanales, intellectuelles, contemplatives, artistiques, conviviales, politiques, festives&#8230; <\/span>Plus personne ne se condamne \u00e0 des t\u00e2ches ingrates, mis \u00e0 part les quelques rares politiciens qu\u2019il nous reste. Les m\u00eames que je n\u2019imaginais pas une seconde, en 2013, c\u00e9der au peuple et au bon sens, et instaurer une Dotation Inconditionnelle d\u2019Autonomie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Finis les minimas sociaux, les \u00e9carts de revenus immoraux, les goldens parachutes. Finis les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat, finies m\u00eame les banques d\u2019affaires, finis les boursicoteurs, les shareholders, les hedgefunds, et autres sauvageries \u00e9conomiques. Du berceau au caveau, chacun re\u00e7oit donc sa part de richesse, en simple contrepartie de son existence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chaque mois, c\u2019est un peu de monnaie locale qui tombe dans l\u2019escarcelle de tous. Les compteurs d\u2019eau, d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, de gaz sont remis \u00e0 z\u00e9ro, une fois factur\u00e9s les m\u00e8tres cubes et kilowattheures qui d\u00e9passent le plafond accord\u00e9 en fonction de la composition du foyer. Des zones d\u2019\u00e9change et de gratuit\u00e9 s\u2019installent pour quelques jours sur les places communales, chacun venant y faire son choix, ou d\u00e9poser ce dont il n\u2019a plus l\u2019usage. C\u2019est le paradis des collectionneurs, et des ultralib\u00e9raux nostalgiques, qui viennent y chiner t\u00e9l\u00e9visions \u00e0 \u00e9cran plat, smartphones, manuel d\u2019\u00e9conomie du d\u00e9but du si\u00e8cle, ou four \u00e0 micro-ondes. Le reste du temps, il y a les ressourceries et leurs bataillons de b\u00e9n\u00e9voles, qui, <span style=\"color: #000000;\">dans une ambiance festive,<\/span> mettent \u00e0 disposition v\u00eatements, meubles, v\u00e9los, et savoirs, ces derniers s\u2019\u00e9changeant comme un simple bonjour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le premier dimanche, chacun s\u2019inscrit pour les t\u00e2ches collectives du mois \u00e0 venir, \u00e0 raison de quelques heures par semaine. Ceux qui choisissent de travailler \u00e0 temps plein, pour gagner jusqu\u2019au RMA<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\">9<\/a><\/sup> -soit quatre fois la DIA- en sont dispens\u00e9s. Les enfants aussi, occup\u00e9s qu\u2019ils sont \u00e0 apprendre les fondamentaux de la communication non-violente, de l\u2019entropie, de la permaculture, et des arts.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec la fin du p\u00e9trole, ont disparu la quasi-totalit\u00e9 des m\u00e9tiers du secteur tertiaire : il a fallu retourner \u00e0 la terre, \u00e0 la manufacture, au raisonnable. \u00c7a n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 compliqu\u00e9 : le choc a \u00e9t\u00e9 amorti par la DIA, et les gens n\u2019ont pas perdu leur emploi dans le sang et les larmes. Ils n\u2019ont pas perdu de revenus, ou peu, ils n\u2019ont perdu que leurs cha\u00eenes. La plupart ont \u00e9t\u00e9 heureux de quitter leur entreprise : en silence, ils n\u2019attendaient que de pouvoir le faire. Ils ont repris une activit\u00e9 de leur choix, o\u00f9 ils s\u2019\u00e9panouissent, o\u00f9 ils rendent service. Au lieu de passer des heures en open-space pour payer le loyer de la maison de retraite ou l\u2019assistante maternelle, chacun a pu renouer des liens avec ses proches, s\u2019occuper de ses parents, de ses enfants, ou de proches handicap\u00e9s. Nous ne sommes pas beaucoup moins nombreux qu\u2019en 2013 \u00e0 peupler la Terre. La malbouffe, le stress, la pollution ont fait baisser l&rsquo;esp\u00e9rance de vie, et <span style=\"color: #000000;\">nous sommes, qui sait, peut-\u00eatre la derni\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 atteindre les 80 ans<\/span>. Bien que la stagnation de cet indicateur ces derni\u00e8res ann\u00e9es soit encourageant pour l&rsquo;avenir. Tous vivent heureux, en bonne sant\u00e9, le sourire aux l\u00e8vres, d\u00e9barrass\u00e9s de l\u2019inqui\u00e9tude et du stress chronique, \u00e9gaux et soucieux du respect des autres. Aucun d\u2019entre nous ne se pr\u00e9occupe de nos obs\u00e8ques : tout sera pris en charge par la collectivit\u00e9. Et puis, <span style=\"color: #000000;\">nous acceptons d\u00e9sormais la mort, <\/span><span style=\"color: #000000;\">lib\u00e9r\u00e9s de l&rsquo;illusion d&rsquo;immortalit\u00e9 entretenue de mani\u00e8re inconsciente par la soci\u00e9t\u00e9 de Croissance.<\/span> A l\u2019oppos\u00e9 du spectre, les enfants ont r\u00e9appris \u00e0 s\u2019ennuyer et \u00e0 imaginer, \u00e0 taper dans des vestiges de ballons de cuir, \u00e0 jouer aux cartes en pariant des vieux billets d\u2019euro. Il n\u2019y a pratiquement plus d\u2019argent en circulation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le principal obstacle \u00e0 la Dotation Inconditionnelle d\u2019autonomie, l\u2019objection majeure \u00e0 laquelle il nous a fallu r\u00e9pondre, \u00e0 savoir la question du financement, est tomb\u00e9e en m\u00eame temps que la bourse et les banques. Le capitalisme, confront\u00e9 au mur physique, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 si r\u00e9silient que cela. Puisqu\u2019il n\u2019y a personne pour faire du profit sur la production, pour sp\u00e9culer sur l\u2019immobilier, il n\u2019y a plus besoin de mettre une valeur marchande derri\u00e8re chaque chose. La valeur d\u2019usage a repris sa place centrale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La nuit tombe. St\u00e9phane est encore une fois venu avec ses disques pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s. Je regrette parfois l\u2019\u00e9poque o\u00f9 la musique se faisait \u00e9lectrique. Nous avons beaucoup conserv\u00e9 des techniques d\u2019il y a quarante ans. Mais il a fallu, n\u00e9anmoins, retrouver la raison, et se d\u00e9barrasser de gadgets, de caprices. Et puis, la tendance est \u00e0 la douceur, \u00e0 la d\u00e9ambulation, \u00e0 la pratique universelle, et ce sont les orchestres acoustiques qui s\u2019y pr\u00eatent le mieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd\u2019hui, on ne produit plus que le n\u00e9cessaire. Ni plus, ni moins. <span style=\"color: #000000;\">Nous vivons l&rsquo;abondance frugale<\/span>. Chacun a de quoi manger, de quoi boire, de quoi vivre et s\u2019amuser, et, depuis la loi de r\u00e9quisition, un toit pour se loger dont les premiers m\u00e8tres carr\u00e9s sont pris en charge par la communaut\u00e9 et entretenus par tous. Nous sommes entr\u00e9s dans l\u2019\u00e8re du post-extractivisme, du post-consum\u00e9risme. Tout cela n\u2019aurait jamais \u00e9t\u00e9 possible sans l\u2019av\u00e8nement d\u2019une r\u00e9elle d\u00e9mocratie, bien s\u00fbr. L\u2019\u00e9vidence et la n\u00e9cessit\u00e9 sont apparues de concert : c\u2019est localement que les d\u00e9cisions devaient \u00eatre prises, par l\u2019ensemble des habitants, qui, inform\u00e9s de mani\u00e8re libre, coop\u00e9rative et contradictoire, ont substitu\u00e9 le bon sens, la r\u00e9alit\u00e9 du terrain et le consensus \u00e0 la r\u00e9publique des experts.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, mon droit de tirage mensuel en eau, dans mon immeuble interg\u00e9n\u00e9rationnel du littoral normand, est loin d\u2019\u00eatre identique \u00e0 celui de Christophe, r\u00e9fugi\u00e9 dans un Massif Central aux \u00e9t\u00e9s arides. La politique n\u2019est plus un mot-repoussoir, elle est au c\u0153ur du tissu social. Paradoxalement, il nous a fallu attendre la mise en \u0153uvre de notre projet pour d\u00e9couvrir ce que signifiait \u201c\u00eatre aux affaires\u201d. Nous n\u2019avons jamais cherch\u00e9 la prise de pouvoir, nous n\u2019\u00e9tions de toute fa\u00e7on pas tr\u00e8s dou\u00e9s pour cela. D\u00e8s lors, pourtant, qu\u2019il s\u2019est agi d\u2019assumer localement des responsabilit\u00e9s, nous ne nous sommes pas d\u00e9fil\u00e9s. J\u2019y ai moi-m\u00eame pris du plaisir. Je sais que ce n\u2019est pas le cas de tous, et nous en parlons encore \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 la lune nous domine majestueusement. Je leur redis de nouveau combien ces \u00e9changes, ces d\u00e9bats, ces rencontres, ces \u00e9checs, parfois, m\u2019ont enrichis bien plus que je ne l\u2019avais esp\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il reste malheureusement encore beaucoup \u00e0 faire. La nature reprend ses droits, mais la m\u00e9gamachine nous a laiss\u00e9 un h\u00e9ritage lourd\u00a0: le d\u00e9mant\u00e8lement des centrales nucl\u00e9aires, la d\u00e9pollution des sites industriels, les interd\u00e9pendances \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale, surtout au p\u00e9trole, qu\u2019il a fallu d\u00e9construire et aussi ces sols morts, tu\u00e9s par l\u2019agriculture intensive\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd\u2019hui, nous amenons nos enfants visiter les vestiges de la technostructure. Le Parlement Europ\u00e9en est devenu un mod\u00e8le de cette bureaucratie ne fonctionnant que pour elle-m\u00eame. On visite les a\u00e9roports. On erre sur les derniers \u00e9changeurs autoroutiers qui ont surv\u00e9cu\u2026 Les villes telles que nous les connaissions ont disparu. Fini les pubs, le b\u00e9ton, les sols artificiels, les bagnoles. Place \u00e0 l\u2019agro\u00e9cologie et l\u2019agroforesterie, \u00e0 des espaces de convivialit\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la d\u00e9mocratie est devenue possible, c\u2018est aussi parce que les relations humaines, entre hommes et femmes, entre anciens domin\u00e9s et anciens dominants, se sont apais\u00e9es, assainies. Le patriarcat r\u00e9siste encore dans certaines poches de la population, mais vit probablement ses derni\u00e8res ann\u00e9es. L\u2019id\u00e9ologie de la lutte des classes n\u2019a pas surv\u00e9cu longtemps \u00e0 la mise en application de l\u2019espace \u00e9cologique des revenus<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote10sym\" name=\"sdfootnote10anc\">10<\/a><\/sup>. Les rapports Nord-Sud se sont reconfigur\u00e9s depuis que nous avons pratiquement cess\u00e9 toute exploitation de la terre comme des peuples<span style=\"color: #ff0000;\">.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au petit matin, nous atteignons la ceinture vivri\u00e8re qui a remplac\u00e9 une grande partie du p\u00e9riph\u00e9rique parisien, le long de l\u2019ancienne porte de Saint-Cloud. La ville bruisse toujours, les gens rient, dansent, s\u2019embrassent, trinquent, nous saluent. Ils c\u00e9l\u00e8brent notre accomplissement \u00e0 tous. C\u2019est tous ensemble que nous avons fait. Nous n\u2019avions plus le temps de nous plaindre, nous n\u2019avions plus le loisir de critiquer. Il nous a fallu agir, et \u00e7a a \u00e9t\u00e9 \u00e9puisant. Quarante ans, c\u2019est tellement rapide, tout est all\u00e9 tr\u00e8s vite. Et ce n\u2019est pas fini. La DIA n\u2019est pas le bout du chemin. Il reste tant \u00e0 faire, \u00e0 inventer. Je sais l\u2019avenir exaltant pour ma fille, et pour ses propres enfants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n\u2019y ai jamais cru\u201d, conclus-je, au lever du soleil. Tout cela se d\u00e9roulait devant moi, ici, ailleurs, discr\u00e8tement ou sous les feux des projecteurs, mais je ne voulais pas le voir. M\u00eame convaincu de mon propos, j\u2019avais peur de le voir mis en pratique. La barri\u00e8re psychologique fut la derni\u00e8re \u00e0 tomber, et la plus dure \u00e0 abattre. Mes rep\u00e8res devaient dispara\u00eetre petit \u00e0 petit, le monde dans lequel j\u2019avais grandi se transformer sous mes yeux, gr\u00e2ce ou malgr\u00e9 moi, et je ne voulais toujours pas y croire. C\u2019est beaucoup demander \u00e0 un homme que de voir s\u2019\u00e9crouler aussi vite les fondations de son \u00e9ducation, sans avoir la certitude d\u2019en sortir plus heureux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je croyais cela impossible. J\u2019\u00e9tais sans doute le seul. Car la vague \u00e9tait inarr\u00eatable. Trente-sept ans plus tard, l\u2019utopie d\u2019hier est devenue la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Thomas Avenel<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Avec Anisabel Veillot, Christophe Ondet, Cynthia Petei Sapiri, St\u00e9phane Madelaine et Vincent Liegey du collectif \u00ab\u00a0un projet de D\u00e9croissance\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">http:\/\/www.projet-decroissance.net\/<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">contact@projet-decroissance.net<\/p>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: left;\"><i>Ce texte a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans le magazine <a href=\"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/EcoRev-41-Utopies-2050.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Ecorev&rsquo; n\u00b041<\/a><\/i><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Notes<\/strong><\/span><\/p>\n<div class=\"image_preview--img\">\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"left\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a> <span style=\"color: #0000ff;\"><u><a href=\"http:\/\/www.editions-utopia.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">http:\/\/www.editions-utopia.org\/<\/a><\/u><\/span><br \/>\n<a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a> <span style=\"color: #0000ff;\"><u><a href=\"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">http:\/\/www.projet-decroissance.net<\/a><\/u><\/span><br \/>\n<a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a> Lire <i>La d\u00e9croissance r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e<\/i>, par Vincent Cheynet dans le journal La D\u00e9croissance, num\u00e9ro 100<br \/>\n<a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a> <span style=\"color: #0000ff;\"><u><a href=\"http:\/\/www.partipourladecroissance.net\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">http:\/\/www.partipourladecroissance.net\/<\/a><\/u><\/span><br \/>\n<a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a> <a href=\"http:\/\/www.reporterre.net\/spip.php?article3806\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">http:\/\/www.reporterre.net\/spip.php?article3806<\/a><br \/>\n<a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a> <span style=\"color: #0000ff;\"><u><a href=\"http:\/\/basicincome2013.eu\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">http:\/\/basicincome2013.eu\/<\/a><\/u><\/span><br \/>\n<a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7 <\/a><a href=\"http:\/\/www.partipourladecroissance.net\/?page_id=6859\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">http:\/\/www.partipourladecroissance.net\/?page_id=6859<\/a><br \/>\n<a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a> <span style=\"color: #0000ff;\"><u><a href=\"http:\/\/www.partipourladecroissance.net\/?page_id=6122\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">http:\/\/www.partipourladecroissance.net\/?page_id=6122<\/a><\/u><\/span><br \/>\n<a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a> Un Revenu Maximum Acceptable : au-del\u00e0 des limites symboliques, <span style=\"color: #0000ff;\"><u><a href=\"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/?p=1128\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">http:\/\/www.projet-decroissance.net\/?p=1128<\/a><\/u><\/span><br \/>\n<a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote10anc\" name=\"sdfootnote10sym\">10<\/a> Pour un espace \u00e9cologique des revenus, M. Lepesant, Les Z\u2019Indign\u00e9s n\u00b03 <span style=\"color: #0000ff;\"><u><a href=\"http:\/\/decroissances.blog.lemonde.fr\/2012\/08\/18\/espace-ecologique-revenus\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">http:\/\/decroissances.blog.lemonde.fr\/2012\/08\/18\/espace-ecologique-revenus\/<\/a><\/u><\/span><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La dotation inconditionnelle d&rsquo;autonomie (DIA), une bouff\u00e9e d&rsquo;air frais, un souffle de po\u00e9sie instituant le bonheur et la joie de vivre \u00e0 jamais ? Sans aucun doute, mais il faut esp\u00e9rer que ce n&rsquo;est pas l\u00e0 la fin de l&rsquo;histoire, &hellip; <a href=\"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/?p=2479\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-2479","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualites"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2479","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2479"}],"version-history":[{"count":12,"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2479\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2494,"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2479\/revisions\/2494"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2479"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2479"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.projet-decroissance.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2479"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}