Un Projet de Décroissance dans S!lence : 3 questions à Anisabel Veillot, Christophe Ondet, Stéphane Madelaine et Vincent Liegey

Silence-412-DIA

Source : S!lence n°412

3 questions à Anisabel Veillot, Christophe Ondet, Stéphane Madelaine et Vincent Liegey (de Michel Bernard)

1 – Comment reliez-vous la question d’une dotation inconditionnelle d’autonomie avec une politique de décroissance ?

Basé sur la croissance, notre système est un échec tant social, culturel, qu’environnemental. La société de consommation va dans le mur, il ne suffira pas de fermer les yeux pour interrompre son cours. Alors que nos sociétés n’ont jamais semblé aussi riches, la satisfaction pour tous des besoins fondamentaux reste illusoire : alimentation, logement, soins, eau potable et énergie. Changer de paradigme devient capital.

Proposer une Dotation Inconditionnelle d’Autonomie (DIA), couplée à un Revenu Maximum Acceptable (RMA), c’est dûment créer un outil économique, social et émancipateur. Il déjoue les effets d’une récession sans en appeler à toujours plus de croissance et permet ainsi de vivre dignement par le partage de l’existant. Il étend les sphères de la gratuité selon le principe de la gratuité du bon usage et du renchérissement du mésusage et encourage une relocalisation ouverte.

La démarchandisation du monde en complément de la garantie pour tous d’accéder aux biens et services de haute nécessité, participe à une sortie du consumérisme, du capitalisme et du productivisme, de manière soutenable et socialement juste. C’est en cela, que la DIA associée au RMA, représente un projet de Décroissance.

2 – Comment articuler développement des alternatives (changement par le bas) avec participation au débat politique général (changement par le haut) ?

Les alternatives concrètes sont forces d’exemples et de propositions. Elles dynamisent l’évolution du projet sociétal, d’autant plus fortement que la société civile se saisit des solutions apportées. Le débat politique quant à lui, permet d’initier, soutenir et généraliser ces alternatives. Les politiques publiques peuvent d’ailleurs être un outil pertinent pour les sortir de la confidentialité et faciliter leur extension.

Soyons clairs, le but n’est pas de s’isoler de la société pour mieux vivre entre nous. Si nous parvenons à prouver le bien-fondé de nos actions, en alimentant les débats, offrant une visibilité via les médias et des rencontres locales, nous évoluerons vers un buen-vivir collectif.

L’alliance entre ces actions politiques, ces initiatives personnelles de simplicité volontaire et un travail sur le projet de société, est un préalable pour espérer atteindre la masse critique. Un changement radical et serein de toute la société pourrait alors s’initier.

3 – Certains groupes de décroissants comme le PPLD présentent des candidats aux élections. Qu’est-ce qui peut nous faire penser qu’une fois lancés dans des parcours de prise du pouvoir, les élus décroissants feront mieux que les élus EELV d’aujourd’hui ?

Lorsque des Objecteurs de Croissance participent à des élections sous l’étiquette « Décroissance », ils le font toujours en cohérence avec la plate-forme de convergence (1). Ils abandonnent l’illusion que la prise de pouvoir, institutionnelle ou révolutionnaire, serait un préalable à tout changement de société. Ils s’inscrivent alors dans la stratégie de changement s’appuyant sur les 4 niveaux d’actions (2).

Dans ce cadre, les élections ne sont pas le but mais un moyen, une tribune. Nous pensons même que le changement se fera en amont dans la société, nos comportements individuels et collectifs contraignant les politiques à évoluer.

(1) http://decroissance-elections.fr/plateforme-de-convergence/
(2) Manifeste pour une Dotation Inconditionnelle d’Autonomie, éditions Utopia, 2013, page 30 à 35 http://www.projet-decroissance.net/

 

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