La décroissance ou la guerre

Ces derniers jours, c’est la surenchère : il faut se serrer la ceinture et apprendre à se passer du gaz et du pétrole russe afin d’arrêter de financer la guerre. Ce qui était violemment rejeté devient la norme… Alors oui, ouvrons le débat de la décroissance, seule issue conséquente et cohérente, juste et souhaitable face à la tragédie en cours.

Je suis fatigué, physiquement mais surtout psychiquement après deux semaines passées dans les mouvements de solidarité et d’accueil aux réfugiés de la guerre en Ukraine à la gare de Budapest. Budapest, là où je vis depuis presque 20 ans. Là où j’ai fait le choix de la sobriété et de la décroissance. De la mutualisation et de la convivialité. Mais c’est une autre histoire. En attendant, nous accueillons, en Hongrie, depuis 15 jours des trains bondés, de femmes et d’enfants surtout, qui arrivent, hagards, perdus. Tant de vies brisées, pour quoi faire ? Je suis d’autant plus fatigué que cela était aussi prévisible que prévu. Bien sûr pas exactement dans sa forme actuelle, mais dans ses grandes lignes. Nous avons construit des monstres à travers des modes de vie hétéronomes, dépendants de ressources puisées loin de chez nous, exigeant l’exploitation d’autres populations. Des ressources qui imposent le soutien aveugle de régimes autoritaires et belliqueux. La puissance des états qui nous fournissent ces ressources est le résultat de notre paresse intellectuelle, de notre cécité volontaire : don’t look up. Et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir alerté, à travers ouvrages, publications universitaires, conférences, expérimentations, posts.


Gare de Nyugati à Budapest 

« Permettre au mécanisme du marché de diriger seul le sort des êtres humains et de leur milieu naturel, et même, en fait, du montant et de l’utilisation du pouvoir d’achat, cela aurait pour résultat de détruire la société. » Karl Polanyi

La guerre est, et a toujours été le résultat de notre hybris. Le fruit de notre arrogance, notre orgueil, notre volonté de faire, d’avoir, de compter toujours plus dans cette société de croissance qui nous pousse à produire toujours davantage pour consommer sans répit. Ce qui entraîne des pressions, des tensions sur toutes les matières premières et sur les territoires. En premier lieu, mais pas seulement, la question centrale des énergies fossiles, dont nous dépendons toujours à plus de 80%. C’est ce que nous rappelle Matthieu Auzanneau dans son ouvrage Or noir, la grande histoire du pétrole, qui s’avère être finalement une grande histoire de la géopolitique de ces dernières décennies et donc des guerres que notre monde a connue depuis la fin du XIXéme siècle.

Notre illusion de liberté de consommer finance la guerre

La décennie 2000, est un exemple effarant de nos appétits insatiables. La succession de guerres impérialistes et illégales où les cartes des conflits coïncident avec celle des ressources d’énergies fossiles ou de matières premières ou encore des routes de livraisons d’hydrocarbures. Nous nous retrouvons de nouveau face à cette folie guerrière émanant d’un pays dont nos économies, notre croissance, nos consommations, notre mode de vie dépendent. En effet, la Russie, c’est respectivement 26% et 38% des approvisionnements en pétrole et en gaz de l’Europe. Ces énergies concentrées qui nous permettent de manger, de nous déplacer, de nous rencontrer, de nous soigner. Notre addiction aux énergies fossiles nous a permis de décupler nos désirs en nous maintenant dans une illusion de toute puissance. Mais cette illusion a un coût, celui de la guerre. Chaque geste de notre consommation ordinaire est devenu un soutien économique à la volonté belliqueuse d’un régime. Chaque jour, du fait de notre choix de ne remettre en question ni nos modes de vie, ni notre modèle économique, nous versons environ 700 millions d’euros à la Russie, en achat de gaz et pétrole… Depuis le début de l’offensive, nous avons contribué à hauteur de plus de 10 milliards de soutien à l’invasion de l’Ukraine par la Russie… bien loin des effets d’annonce et du demi-milliard dégagés par l’Union Européenne pour fournir des arbalètes à nos amis ukrainiens qui font face à des tanks, et que nous envoyons à la mort.

Il est grand temps de devenir adulte, de maîtriser nos désirs et de passer à la décroissance.

L’histoire nous l’avait appris, mais nous reproduisons toujours les mêmes erreurs, celles d’une économie sauvage, de cette imposture intellectuelle et meurtrière de la main invisible du marché, celle qui retombe chaque fois en nous broyant davantage. Karl Polanyi, le budapestois, à travers La Grande Transformation, cet ouvrage majeur écrit en 1944, en pleine seconde guerre mondiale, nous rappelle que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. Un marché libre et non faussé, qui entraîne inégalités et dominations, débouche sur totalitarisme et guerres destructrices. Ce même marché qui permet aujourd’hui à certains de spéculer sur les armes et les denrées qui vont manquer et de chercher à s’enrichir sur les drames qui nous menacent. Il est grand temps de ré-encastrer l’économie dans l’ensemble plus large de notre modèle de société. Il est grand temps de mettre l’économie à notre service et non l’inverse. Il est grand temps de devenir adulte, de maîtriser nos désirs et de passer à la décroissance. Car la croissance c’est ce qui nourrit la concentration de pouvoir autour de quelques uns au détriment de tous mais aussi de la planète.


Gare de Nyugati à Budapest 

Quand une tragédie en cache une autre

Mais il ne faut pas oublier l’autre tragédie qui est en jeu, pendant que la guerre fait de nouveau rage en Europe. Le dernier rapport du GIEC, plus alarmant que jamais, n’a retenu l’attention d’à peu près personne au milieu des bruits d’obus. Et que dire de l’effondrement de la biodiversité qui continue et s’accélère à bas bruit. Mais tout est lié. Notre modèle civilisationnel, enfermé dans le toujours plus atteint ses limites. Plus que jamais, et peut-être pour la dernière fois, le choix qui est devant nous tient en deux mots : Décroissance ou barbarie. C’est-à-dire partage et solidarité, relocalisation ouverte et convivialité ou cette fuite en avant autodestructrice à laquelle nous assistons avec effroi, aussi bien sous les bombes, que d’un point de vue environnemental et culturel.


Sarah Fouquet/ Décroissance, Collection Fake or Not, Tana Editions

Sobriété dans une société de croissance n’est que récession

Les timides appels à la sobriété en termes, uniquement de gaz et de pétrole, sans une remise en question du système dominant et des inégalités qu’il a engendrées, sont des appels au dénuement. Sans questionner les inégalités ni notre systèmes économiques, ils ne feront qu’empirer les souffrances sociales sans s’attaquer au péril environnemental. Sobriété dans une société de croissance n’est que récessions. La décroissance ne consiste pas à faire la même chose avec moins parce que ça, c’est la récession et on connaît ses maux. Celle qui appauvrit les classes moyennes et renvoie les pauvres à la misère. Celle qui oblige à faire avec (presque) rien dans une société où tout est prévu pour l’abondance, la croissance, la consommation… La récession c’est ce qui nous menace. La Décroissance, c’est ce que nous devons et pouvons encore choisir.

Les solutions sont là…

Depuis une dizaine d’années, à travers un réseau d’initiatives citoyennes, aujourd’hui en première ligne dans l’accueil des réfugiés, j’expérimente un mode de vie sobre et solidaire, non sans difficultés ni contradictions. Mais cette aventure collective montre qu’il n’est pas seulement possible et nécessaire de sortir de la société de croissance, mais que c’est tout autant souhaitable et joyeux.

Que faire ?

Alors que faire maintenant, dans un tel contexte ? Ce que nous aurions dû mettre en place il y a déjà des années doit se faire dans les semaines qui viennent. Sortir de l’escalade guerrière commence par un arrêt de nos dépendances aux fossiles et donc par la fin de notre soutien aux régimes belliqueux. Le plus vite possible, en accompagnant celles et ceux rendus dépendants au pétrole et au gaz pour amoindrir le choc. Mais pour chacun d’entre nous, le temps de la remise en question radicale de nos modes de vie, de nos habitudes est venu. Pour ne plus dépendre d’un système économique mondialisé moribond, nous devons retrouver le sens du partage, des communs, du faire soi-même, de la relocalisation ouverte, des low-tech et de l’agroécologie. Mais avant tout, le sens de la sobriété, de l’essentiel et de la convivialité. C’est aujourd’hui ou jamais que nous devons auto-instituer la décroissance, sinon la barbarie nous rattrapera. La décroissance, en tant que projet de société, à travers une transformation radicale de nos modèles économiques, est la seule voie vers la paix. L’ignorer, c’est accepter la guerre comme horizon.

Vincent Liegey

Auteur de Décroissance, Fake or Not (Tana Edition, 2021). Ingénieur, chercheur interdisciplinaire, essayiste et conférencier autour de la Décroissance – Co-coordinateur de la coopérative sociale Cargonomia.

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Décroissance, par Vincent Liegey, nouveau livre dans la nouvelle collection Fake or Not (Tana Edition)

Chez Tana Editions, Collection Fake or Not, 13,90 euro

Déterminer s’il est encore possible et souhaitable d’appuyer sur l’accélérateur de l’économie mondiale est aujourd’hui une question majeure. Concilier la préservation de la planète et la course à la croissance avec le développement durable ne relève pas de l’évidence, et dire de la décroissance qu’elle ne peut que mener à la récession, à l’anarchie et à la fin de toute innovation est au contraire trop simpliste. Pour démêler le vrai du faux, le chercheur expert sur la décroissance Vincent Liegey résume les vrais ordres de grandeur et explique les notions clés pour permettre à chacun de se saisir de ce sujet clivant et d’en débattre, dans toute sa complexité.

Vincent Liegey est ingénieur, chercheur interdisciplinaire spécialiste de la décroissance, essayiste et conférencier. Il est coauteur du livre Un projet de décroissance et a publié avec Anitra Nelson Exploring Degrowth, a critical guide, chez Pluto Press. Il vit à Budapest, où il coordonne Cargonomia, un centre de recherche et d’expérimentation sur la décroissance, qui place le vélo cargo au coeur d’un dispositif de circuit court alimentaire.

 

Le livre, comme la Décroissance, est commenté et présenté tous les jours dans les médias, voici une liste non exhaustive des interviews et débats autour de celui-ci :

A HEC Paris, au cours d’un débat avec Lucile Schmid et Yannick Jadot.

Enfin, retrouver le son de la soirée de lancement de la collection Fake or Not au Ground Control avec Laure Noualhat et aussi Frédéric Wallet, qui publie Manger Demain dans la même collection.

Et aussi :

 

« La vertu de cet ouvrage réside ainsi dans son approche positive. A sa lecture, on comprend que décroissance ne rime pas avec régression même si le terme peut prêter à confusion. La décroissance apparait ainsi non pas comme un cadre figé, mais comme l’occasion de repenser le lien social et d’évoluer vers plus de solidarité. « La décroissance, ça n’est pas demander aux pauvres de se serrer encore plus la ceinture » explique l’auteur, « plus on est riche, plus consomme, plus on devrait remettre en cause son mode de vie ». « Une société décroissante doit être inclusive pour les plus précaires. » »

  • Sur Blast : En finir avec les idées reçues sur la décroissance.

  • Sur TV5 Monde : Economie : et si la décroissance était la solution ?

« La décroissance est avant tout celle des inégalités »

« Plus on est riche, plus la décroissance va amener à se remettre en question et changer son mode de vie ; plus on est pauvre, et plus la décroissance va permettre de réapproprier des espaces de liberté et de sécurité. »

Enfin, puisque le but d’un livre est avant tout de faire vivre les débats, nous remercions toutes les recensions et critiques publiées, entre autres, en particulier :

Y a-t-il alors des choses sur lesquelles les réserves sont nécessaires, de mon point de vue bien sûr ?

« Autrement dit, le mouvement de la décroissance n’a pas fini son travail théorique. Et nous avons même pu relever dans le livre de Vincent quelques unes de ces pistes qu’il reste à approfondir, à explorer pour les consolider. Elles se trouvent plutôt à la fin du livre, quand il s’agit d’aller au-delà des limites de la croissance »

  • Chez Mr Mondialisation : “Fake or Not” : en finir avec le mythe de la croissance

Notre siècle s’est laissé persuader que la croissance économique était immuable : comme une fatalité inhérente à notre condition et en dehors de laquelle rien d’autre n’était possible. Pourtant, ce modèle est loin de fonctionner. Il est même plutôt en passe de tout broyer autour de lui, sans préavis, à l’exception de quelques privilégiés. Animaux, écosystèmes, ressources naturelles, paysages, justice, santé, lien social, bonheur… et l’ensemble des populations ; les plus vulnérables en première ligne. Alors pourquoi n’en sort-on pas ? C’est que les préjugés ont la dent dure et la désinformation n’arrange rien. Pour y remédier, la collection “Fake or Not” des éditions Tana s’est donc chargée de réunir et décrypter de manière complète et ultra-documentée les infos clefs de notre temps. Retour sur ces nouvelles encyclopédies du savoir engagé.

Grand angle sur la chaîne Plan(s) B :

Interview dans l’Echo : « La nature humaine n’est pas celle de l’homo economicus »


Interview dans Marianne : « La décroissance invite à sortir démocratiquement de l’impasse écologique »

Interview dans vert.eco : « Une majorité de personnes aspire à rompre le système et à aller vers des modes de vie plus conviviaux »

Intervention et débat avec l’Obsoco aux journées Alterre Bourgogne-Franche-Comté « Quelles pistes pour un modèle désirable ? »

Interview sur Novethic : « LA DÉCROISSANCE, C’EST SE RÉAPPROPRIER LE SENS DES LIMITES ET PASSER À L’ÂGE ADULTE »

Le bar à podcasts : « de l’urgence de ralentir »

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Le chômage : le grand détournement (1ère partie)

« Nous avons inventé une montagne de besoins superficiels; nous vivons en achetant et en jetant. Mais ce que l’on dépense vraiment, c’est notre temps de vie. Parce que lorsque j’achète quelque chose ou que toi tu achètes quelque chose, tu ne l’achètes pas avec de l’argent, tu l’achètes avec le temps de vie que tu as dépensé pour gagner cet argent. A cette différence que la seule chose qui ne peut pas être achetée, c’est la vie. La vie ne fait que s’écouler et quel malheur de l’employer à perdre notre liberté.
Car quand est-ce que je suis libre? Je suis libre quand j’ai du temps pour faire ce qui me plaît et je ne suis pas libre quand je dois dépenser de mon temps pour acquérir des choses matérielles censées me permettre de vivre. De fait, lutter pour la liberté c’est lutter pour disposer de temps libre. »
José Mujica – Président de l’Uruguay de 2010 à 2015 – Extrait choisi du film Human

Travailler, c’est partager

La croissance crée de l’emploi ?
En Occident, depuis plus de 50 ans, toutes les politiques sont centrées sur la question du chômage. Quelles que soient les tendances politiques, la solution perpétuellement déclamée est de relancer la croissance. Certes, des désaccords existent sur les manières de créer cette croissance, voire sur la répartition de ses fruits, mais manifestement, la nécessité de croissance fait l’unanimité pour régler le problème du chômage. Car « la Croissance, ça crée de l’emploi !! ». Or, depuis plus de 50 ans, la croissance est toujours positive, de plus en plus de richesses matérielles sont produites, et pourtant, le chômage ne cesse d’augmenter et reste un problème de société majeur.
Ne serait-il pas temps de changer d’approche ? Et si la croissance ne créait pas plus d’emplois qu’elle n’en détruit ? Allons plus loin. Et si le chômage et la précarité étaient les conséquences directes de l’idéologie de la croissance, c’est-à-dire du productivisme et du consumérisme ? Dans une société aux besoins toujours plus immenses, comment soutenir le train de vie de certains, sans le faire au détriment des autres ? Dans une société de la frustration permanente, comment penser le partage du travail et de ses fruits, sans avoir peur de ne pas avoir assez ?
Une contrainte supplémentaire s’ajoute au mythe de la croissance, seule capable de créer de l’emploi. C’est la contrainte environnementale, la déplétion des ressources, la destruction de la biodiversité, et le changement climatique. Une croissance illimitée est impossible. C’est une certitude, la croissance va s’arrêter. Et même si ces questions ne sont plus méconnues, elles sont complètement ignorées, par tous, quand il s’agit de s’attaquer au « problème » du chômage. Ce qui est une erreur monumentale car le chômage n’est que le symptôme de problèmes interconnectés, dont la crise écologique.
L’intention de la Décroissance est de répondre conjointement à la crise environnementale, à l’augmentation des inégalités et à la perte de sens, engendrées par la société de Croissance. En cela, elle prétend proposer des solutions au symptôme du chômage en pensant totalement différemment la production (le contenu et la quantité) ainsi que le partage (travail et redistribution). Solutions qu’on retrouve autour de l’anticonsumérisme (antipub, quête de sens, modes de vie alternatifs), les différents revenus de base tel que la Dotation Inconditionnelle d’Autonomie, les mécanismes de solidarité, etc., etc.
Dire que « la croissance, c’est le problème » pourrait n’être qu’un slogan. Mais lorsqu’il s’agit du chômage, ce slogan est une nouvelle fois réellement fondé.
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Le chômage : le grand détournement (2ème partie)

Dans la première partie, nous concluions que la solution au chômage n’était pas de produire toujours plus. Que derrière cette question de l’emploi se cache d’abord la question du partage. Elle se « cache » au sens propre, car la gravité des conséquences du chômage permet d’occulter toutes les questions de société sous-jacentes. Le chômage, présenté comme un phénomène naturel contre lequel il faut lutter tous ensemble au delà des clivages, c’est bien pratique pour détourner l’attention de la population. La priorité étant de créer de l’emploi, il est donc indécent de questionner le pourquoi et le comment des emplois. Et pourtant, c’est bien de cela qu’il s’agit. Quel partage ? Partager quoi ? Partager avec qui ? Partager comment ?

Partager quoi, avec qui et comment ?

« Partager quoi ? ». Moins, mais mieux ! Une société ne peut être soutenable que si nous produisons moins. Mais elle ne peut être souhaitable que si chacun bénéficie du nécessaire pour vivre décemment. Alors, quitte à produire moins, passons-nous du superflu pour nous concentrer sur le nécessaire ! Qu’est-ce qu’on veut produire, pourquoi et comment ? Quelle alimentation, quels services publics, quels transports, quelle éducation, quelle science voulons-nous ?
Evidemment, il serait absurde d’imaginer décroître toutes nos consommations proportionnellement au même coefficient. Manger un peu moins, se soigner moins, s’habiller moins, se chauffer moins, etc ? La sobriété ne signifie surtout pas la même chose en moins, car cela aurait des conséquences négatives sur notre bien-vivre et notre santé. Cela n’aurait aucun sens.
C’est pourtant ce qui se passe avec les mesures d’austérité qui se généralisent dans les pays occidentaux. Continuer la lecture

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Débats : Les Revenus de Base vus et discutés par « Un Projet de Décroissance »

projet-decroissance-ecosociete-quebecLe Revenu de Base Inconditionnel est de plus en plus mis en avant, discuté ou débattu ; aussi bien par des mouvements politiques, le monde universitaire que dans les médias. En plus de notre ouvrage, « Un projet de Décroissance« , nous vous proposons ci-dessous les réflexions de notre collectif sur ce sujet :

Quelques pas-de-côté :

Et deux vidéos :

  • A l’université d’été du MFRB  (notre contribution commence autour de la 21ème minute) :
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Un spectre hante notre société : celui de la décroissance

Alors que le « spectre de la décroissance » inquiète de plus en plus de monde, à commencer par le président Macron, plusieurs membre du collectif « Un Projet de Décroissance » reviennent sur le concept et son intérêt potentiel.

Publié initialement sur Marianne le 6 juillet 2020

Sur les chaînes d’information en continu, dans les meetings de campagne des forces d’opposition à la « vague verte« , en une des hebdomadaires, ou dans la bouche de notre cher Président face à la Convention citoyenne, un seul mot revient encore et toujours en boucle, avec peur et détestation : la décroissance. Tout, mais surtout pas ce spectre de la décroissance ! A tous ces gens de reconnaître, que « oui » il faut prendre en compte les enjeux environnementaux, que « oui » il faut revoir nos consommations mais aussi ce l’on produit, comment et où. Peuvent-ils vraiment faire autrement ? Mais pour autant, que « non », nous n’allons surtout pas jusqu’à oser parler de décroissance !

Ce mot-obus a sciemment été créé pour sa dimension provocatrice. Il s’attaque, dans sa sémantique, à la religion de la croissance qui façonne nos croyances et notre vision linéaire et quantitative de la société et qui impose ses lois et ses dogmes sur nos vies et notre environnement. La première force du terme décroissance est la difficulté de le récupérer. D’autres slogans, comme le développement durable, l’économie verte ou circulaire, ont rapidement été dévoyés pour se faire happer par le système et vidés de leur sens.

L’enjeu n’est pas de faire la même chose en moins, mais bien de faire différemment en mieux

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Et le salaire à vie ? – Débat entre Bernard Friot et Vincent Liegey à l’Université de Nanterre

Débat entre Bernard Friot et Vincent Liegey à l’Université de Nanterre : Salaire à vie et décroissance, Revenu de Base et sortie du capitalisme, vers un nouveau paradigme avec la Dotation Inconditionnelle d’Autonomie :

Le salaire à vie développé par Bernard Friot revient de temps à autre à l’occasion d’échanges sur la DIA ou le revenu de base. « Le « salaire à vie » consiste, en se basant sur la socialisation de la richesse produite, à verser un salaire à vie à tous les citoyens. Ce salaire universel, dont le montant serait attaché à la qualification personnelle et non plus au poste de travail occupé, a été pensé pour reconnaître le statut politique de « producteur de valeur » à l’ensemble des membres d’une communauté. Il aurait pour conséquence mécanique l’abolition du marché du travail, et donc du chômage, en reconnaissant le travail effectué en dehors du cadre d’un emploi » (1)
A nos yeux le principe du salaire à vie pose quelques difficultés, mais comme nous partageons son objectif de lutter contre la précarité, nous n’avons jamais voulu créer de polémique. Or, nous sommes fréquemment incités à nous positionner, voire à soutenir la proposition.

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La Dotation Inconditionnelle d’Autonomie, une alternative au tout-économique

Article publié dans « Moins! » No 23 de juin-juillet 2016
dans le cadre d’un dossier spécial sur le Revenu de Base

Depuis plusieurs semaines, l’idée d’un Revenu de Base (RdB) revient régulièrement dans les débats publics. Il y a d’un côté ses partisans et de l’autre ses détracteurs. Et chacun-e y projette ses craintes ou ses espoirs, comme si chacun-e y projetait, en creux, des projets de société totalement différents. Les débats sont alors faussés et confus. L’erreur serait de réagir aux maux d’une société en panne par un outil, sans l’insérer dans un projet de société et sans aborder la question du trajet. Alors, parlons du projet. « Un Revenu de Base » ? Pour quoi faire? Dans quel but ? Pour quelle-s société-s ? Qu’est-ce que nous souhaitons, comment pouvons-nous le réaliser et de quelles façons ?
Avec la Décroissance, nous soulignons les limites physiques que nous dépassons allègrement. Nous questionnons le caractère non désirable de ce modèle de société, induisant la croyance que « -plus- » suffirait à faire sens. La Décroissance est une pensée multi-dimensionnelle et radicale. Nous relions les problèmes les uns aux autres afin de proposer des pistes susceptibles de dessiner des transitions démocratiques et sereines vers de nouveaux modèles de société soutenables et souhaitables. Ces chemins potentiels sont fondés, notamment, sur : la relocalisation ouverte ; des outils de repolitisation et de sécurisation de la société ; une réappropriation de la démocratie et du sens des limites ; la démarchandisation du monde ; une sortie de la religion de l’économie ; la remise en cause de la création monétaire par la dette ; une éducation non aliénante et la communication non-violente…
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La Décroissance, une vision pour des sociétés plus justes et plus sobres

Article publié dans le n°14 des Nouveaux cahiers du socialisme, revue canadienne, automne 2015.

 « Tout ceux qui, à gauche, refusent d’aborder sous cet angle la question d’une équité sans croissance, démontrent que le socialisme, pour eux, n’est que la continuation par d’autres moyens de rapports sociaux et de la civilisation capitaliste, du mode de vie et du modèle de consommation bourgeois. » André Gorz.

Depuis plusieurs décennies, c’est toujours la même rengaine : « comment relancer la croissance ? ». A gauche comme à droite, de Merkel à Obama, de Sarkozy à Orban, de Hollande à Harper, une seule solution, la Croissance. Comme une pensée magique, un totem.
La croyance que le Croissance serait encore la solution à tous nos problèmes reste profondément ancrée dans l’imaginaire collectif, à tel point qu’on assiste à un arc-boutement collectif pour « la relancer ». Pourtant, nous sommes de plus en plus nombreux à oser questionner la Croissance. Est-elle encore possible ? Est-elle souhaitable surtout ? Continuer la lecture

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Unconditional Autonomy Allowance by Vincent Liegey – European Green Perspectives on Basic Income Report

The Unconditional Autonomy Allowance: a toolfor democratic and convivial degrowth
By Vincent Liegey, September 2021

GEF_European-Green-Perspectives_Vincent-Liegey-Allowance

In European Green Perspectives on Basic Income Report

Context

Since 2017, the Green European Foundation has shaped the discussion of advancing universal basic income in Europe and, if possible, worldwide.

“European Green Perspectives on Basic Income” is the second volume of a collection of articles tackling different facets and perspectives on basic income (BI) 1.

Because of the Covid-19 pandemic, the debate about basic income has gained a lot of traction. In Europe, and around the world, we’ve seen efforts to ease the economic crisis across all levels of government.

A considerable amount of aid programs that were approved included a partial basic income. For the first time, many people realised we can all suddenly find ourselves in an economically challenging situation through no fault of our own.

An unconditional basic income may help us focus our energies on finding a way out of this crisis. The Covid-19 pandemic further highlighted and aggravated social injustice and economic inequalities as much as it raised questions on the social responsibility of individuals and solidarity at all levels of society.

Objectives

Our aim is to support initiatives to foster a debate within and outside Green circles to learn from each other and to allow an exchange of alternative social policies. Following the suggestion of the “European Green network of basic income supporters”, we have updated and expanded the Green European Foundation’s publication, European Green Perspectives on Basic Income, from 2019 to create this present publication. Similar to the first edition, this second volume aims to provide insights into the discussions about BI in various European countries,–both within the Green movement as well as in the broader public–and contextualises those in historic and cultural prerequisites.

“In short, from a degrowth perspective, UBI should be implemented as a tool to reinforce democracy by reconnecting people by creating solidarities and by questioning basic needs and how to fulfil them in a sustainable way.”

 

 

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Ingénieur.e.s et décroissance – Conférence de Vincent Liegey et Clément Choisne à l’INP de Clermont-Ferrand

Cette conférence s’est tenue à Clermont-Ferrand le 22 mars à l’INP dans le cadre du lancement de l’Observatoire de la Post-Croissance et de la Décroissance (OPCD) :

Pour aller plus loin sur le sujet :

C’est le cadre d’un projet à Cargonomia sur « ingénierie et Décroissance » mené tout l’été par Corentin Gaillard et Paul-Henri François et encadré par Vincent Liegey que le Monde est venu en reportage à Budapest et à Zsámbok.

Retrouver leur rapport de stage ici et l’article en une du Monde ci-dessous :

Ces jeunes ingénieurs qui choisissent la décroissance

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Jobs ! Jobs ! Jobs !

L’Europe a un nouveau héros et il est américain. Il fascine en tentant de réconcilier environnement, économie et travail. Joe Biden brandit des plans de relance à consonances sociales pour créer toujours plus … d’emplois.
« Jobs, jobs, jobs »
A l’inverse, la France s’entête avec le fameux mythe du ruissellement : donner aux riches pour qu’ils investissent, créent de l’innovation et donc … des emplois.
« Jobs, jobs, jobs »
L’Europe tente de surmonter les conséquences de l’épidémie pas un nième plan de relance de la consommation. Comme si l’occident n’était pas assez riche, comme si les questions de pauvretés et d’inégalités ne trouvaient des réponses qu’à travers une production infinie et la création … d’emplois.
« Jobs, jobs, jobs »
Croissance, innovation et consommation sont donc toujours invoquées pour lutter contre le chômage. Le chômage étant l’incontestable prétexte pour justifier toutes ces mesures qui détruisent notre planète et notre vivre ensemble, et qui surtout, depuis plus d’un demi-siècle, n’aboutissent à aucune amélioration. La lutte contre le chômage, la grande imposture, le grand détournement. Éclairage en deux parties avec la Décroissance.

Éclairage en deux parties avec la Décroissance : Le chômage : le grand détournement
– partie 1 (15 mai 2021) : http://www.projet-decroissance.net/?p=2754
– partie 2 (15 juin 2021) : http://www.projet-decroissance.net/?p=2756

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Exploring Degrowth: Implementing the Unconditional Autonomy Allowance: transitionary steps

In Vincent Liegey and Anitra Nelson, Exploring Degrowth, A Critical Guide (Pluto Press, September 2020):

Appendix 3: Implementing the unconditional autonomy allowance: transitionary steps

This appendix is adapted and updated from Vincent Liegey et al., Un Projet de Décroissance, Utopia, 2013, see: www.projet-decroissance.net

The unconditional autonomy allowance is not a magical recipe but offers diverse pathways, a coherent convergence of complementary levels and approaches. It is driven by cultural transformation, a decolonisation of our imaginary, rather than being a technical tool to solve all institutional, economic and political problems. It is envisaged as one pathway within an emancipating, democratic and serene transition from growthism to sustainable, desirable, relocalised but connected, open, convivial and autonomous societies. This appendix identifies desirable, realistic steps leaving open questions: What are our basic needs? What, and how, do we satisfy/produce them?

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Exploring Degrowth: The content of the Unconditional Autonomy Allowance

In Vincent Liegey and Anitra Nelson, Exploring Degrowth, A Critical Guide (Pluto Press, September 2020).

Appendix 2: The content of the unconditional autonomy allowance

This is an adapted and updated translation from Vincent Liegey et al., Un Projet de Décroissance, Utopia, 2013, see: www.projet-decroissance.net

The unconditional autonomy allowance is for everyone, from birth to death, enough for a decent and frugal way of life. At the same time the unconditional autonomy allowance is a transition tool towards sustainable and desirable models of societies based on degrowth principles. One of the main challenges is repoliticisation – implementing democratic debates on defining basic needs and how to self-organise locally to satisfy them in sustainable and fair ways.

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Ce qu’il faut de courage. Plaidoyer pour le revenu universel

De revenu universel, il n’est finalement qu’assez peu question dans ce plaidoyer rédigé par l’ex-candidat à la présidentielle. On ne s’étonnera pas dès lors que, bien plus que sur les volets les philosophique, écologique ou économique, c’est sur le plaidoyer politique que Benoit Hamon est le meilleur et le plus incisif.
Benoit Hamon balaie en premier lieu l’ensemble des réalités problématiques de notre monde : relation à la valeur travail, toute puissance du système technicien, inégalités de droit et de fait, impuissance du système éducatif, impasse démocratique.
Sa défense sincère du revenu universel – dont il finit par dessiner les contours bien plus précisément que lors de sa campagne présidentielle – est aussi l’occasion de se poser en observateur de la politique mortifère de l’extrême-centrisme et de dresser en parallèle un projet politique, reprenant toute la rhétorique de gauche : laïcité, vivre-ensemble, émancipation par l’éducation, inversion des rapports de force…
Le lecteur objecteur de croissance ne sera pour autant pas dépaysé : Benoit Hamon convoque tour à tour Ellul, Illich, Gorz, Latouche, le MFRB, mentionne jusqu’à la DIA, et s’attaque en bonne et due forme au mythe de la croissance infinie dans un monde fini – on regrettera néanmoins qu’il préfère (pour se rendre audible du plus grand nombre ?) le terme de post-croissance à celui de décroissance.
L’ouvrage aborde finalement assez tardivement la question épineuse du comment (« comment le financer ? » « comment déterminer son montant ou sa nature ») en réaffirmant qu’il ne s’agit jamais d’un prodige comptable mais d’une décision souveraine, mais en ne s’exonérant pas d’une démonstration.
Dans l’ensemble, l’auteur se concentre principalement sur le pourquoi, sur le pourquoi pas, en répondant frontalement aux critiques venues de la gauche, et sur les conséquences concrètes de l’instauration d’un revenu universel. Et au fond, c’est sans doute cette bataille là qu’il faut mener en premier lieu, une bataille pour une nouvelle conquête sociale, qui demande surtout du courage politique.

« Ce qu’il faut de courage. Plaidoyer pour le revenu universel. » Benoit Hamon, Editions des Equateurs, 250 p, 18€

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