Un Projet de Décroissance dans l’Est-Républicain : Travailler moins, produire autrement, interview de Vincent Liegey

Fichier:LOGO Est Republicain.jpgEst-Républicain, 07/05/2013 – Propos recueillis par Eléonore TOURNIER

ECONOMIE – LE FRANC-COMTOIS VINCENT LIÉGEY EST LE PORTE-PAROLE NATIONAL DU PARTI POUR LA DÉCROISSANCE, COAUTEUR DU LIVRE « UN PROJET DE DÉCROISSANCE, MANIFESTE POUR UNE DOTATION INCONDITIONNELLE D’AUTONOMIE »

– Tout est-il à jeter dans le système actuel ?

– On se heurte à la difficulté d’un modèle le plus complexe et le plus interdépendant que le monde ait connu. Il faut déconstruire tout ça. Créer un modèle de transition pour aboutir à un nouveau modèle en transformant certaines choses de l’actuel, en en abandonnant d’autres.

– Avec la décroissance, on a l’impression de tomber dans la nostalgie du fameux « c’était mieux avant »…

Vincent Liégey est doctorant en économie à l’université de Budapest. Photo Ophélia NOOR– Pas du tout. Ce n’est pas un retour en arrière. On n’a pas de vision romantique du monde rural des années 50 ! Il y a eu des points positifs dans la croissance : l’essor de la démocratie, un certain niveau de santé, de confort matériel. Mais en parallèle, on a aussi détruit une forme de convivialité, de solidarité, de vivre ensemble. On souhaite conserver ce que la croissance a pu apporter de positif et reconstruire tout ce qui n’est pas soutenable.

Vincent Liégey est doctorant en économie à l’université de Budapest. Photo Ophélia NOOR

– Vous parlez de baisser le temps de travail pour redistribuer les emplois. N’est ce pas ce qui a déjà été fait avec les 35 heures, dont le bilan est contesté ?

– Certes, ça a été une catastrophe pour des PME et certains secteurs. Mais pour beaucoup, ça a permis de libérer du temps pour faire d’autre chose. On est dans une société où la valeur travail est centrale. Or, le chômage est important et le stress lié au travail augmente. On ne sait plus quel sens donner à tout ça. On ne dit pas d’arrêter de travailler, simplement de réfléchir sur la logique marchande du travail afin de sortir du culte productiviste. Le progrès technique aurait dû nous libérer de l’aliénation par le travail, or il n’en est rien…

– Est-ce à dire qu’il faut stopper la recherche, que le progrès est mauvais ?

– Non, il faut juste changer de paradigme, sortir de cette religion du progrès qui sert à dominer la nature. La recherche et la science doivent s’inscrire dans une logique qui respecte l’être humain et l’environnement. C’est le cas de l’agroécologie ou de l’agroforesterie.

« Se désaliéner des biens de consommation inutiles »

– Vous souhaitez mettre en place un revenu inconditionnel d’existence (RIE). Expliquez-nous.

– Il s’agit d’un revenu minimum en euros qui s’applique à tous. Il s’inscrit dans une dotation inconditionnelle d’autonomie (DIA) qui ouvre des droits d’accès et de tirage avec des monnaies locales pour consommer des produits ou des outils fabriqués localement. Avec ce RIE, on pourra moins travailler et libérer du temps pour œuvrer dans des jardins communautaires, des ateliers vélos, etc…

– Vous parlez de « relocalisation ouverte », n’est-ce pas paradoxal ?

– Ce qu’on a connu avec la mondialisation a été possible parce qu’on a pu consommer frénétiquement les énergies fossiles en quelques décennies. Mais ça ne pourra pas continuer, il y aura forcément relocalisation et c’est positif. On pourra produire des choses localement. Ca générera plus de bonheur et de tolérance à travers la hausse des échanges, tout en évitant de tomber dans l’entre-soi ou une société moralisatrice.

– Devra-t-on vivre avec moins de confort ?

– Pas moins de confort mais il faudra se désaliéner des biens de consommation inutiles qui nous rendent dépendants. Aujourd’hui par exemple, on ne sait plus réparer sa voiture. On pourra vendre des services et des pièces détachées. L’idée c’est de travailler moins pour produire autrement, partager des outils de réparation, de recyclage, lutter contre l’obsolescence programmée.

– Le PIB baissera forcément…

– Peut-être. Mais en Amérique latine, beaucoup d’études mettent en parallèle PIB avec d’autres indicateurs de bien-être. Elles montrent que lorsque la croissance permet d’avoir un confort et une vie digne, le bien-être augmente. Mais au-delà d’un certain seuil, le bien-être stagne ou baisse. Idem pour l’espérance de vie.

– Vous souhaitez également instaurer un revenu maximum acceptable (RMA).

– Aujourd’hui, les sommes gagnées par certains sont délirantes. Au-delà d’un montant, à définir démocratiquement, les revenus seraient imposés à 100 %. Il faut rompre avec l’illusion qu’il est légitime qu’il y ait des très riches et des très pauvres et que le mode de vie des très riches est un modèle à suivre.

– François Hollande semble très frileux à l’idée de taxer les hauts revenus. Votre projet n’est-il pas utopique ?

– Le plus utopique c’est de rester dans le délire économiciste de croire qu’en mettant l’économie au-dessus des lois de la nature, on arrivera à résoudre le mal-être des populations. Il faudra faire preuve de courage politique avant que ça ne se fasse de manière violente. On est aujourd’hui dans des sociétés insurrectionnelles qui sont déjà en guerre pour l’appropriation des ressources naturelles en Afghanistan, en Irak, en Libye ou au Mali.

REPÈRES – BIO EXPRESS

Vincent Liégey naît à Besançon en 1979. Il passe son enfance et son adolescence à Vesoul avant d’intégrer les classes prépas scientifiques du lycée Follereau à Belfort. Après avoir étudié à Clermont-Ferrand et Paris, il travaille dans la recherche à la Nouvelle Orléans, dans la diplomatie et les coopérations à Budapest en Hongrie. De 2007 à 2011, il a aussi été dirigeant mouvement de la gare de Paris Austerlitz. Il rejoint le Parti Pour La Décroissance en 2008 dont il est aujourd’hui un des porte-parole nationaux.

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